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Le Défilé de File la Laine - Page 82

  • Une Femme V

    Elle s’étonne de la résistance du corps, de l’acharnement de la chair à continuer, mue d’une énergie propre, indépendante de sa volonté à elle. Athéna a quitté la maison du père, sans un mot, sans le voir, sans un regard en arrière. La mère de l’homme (elle répugne à l’appeler son mari) est venue la chercher, l’a remmenée habiter chez cet inconnu à qui désormais elle appartient légalement. On la pousse à vivre, on l’épie, on l’espionne, elle n’est jamais seule. Elle se lance éperdument dans le travail. Comme sa grand-mère et sa mère avant elle auprès desquelles Athéna à appris le métier, elle monte son atelier de couture. Entourée de toutes sortes d’étoffes, elle crée, invente, transforme, atténue les défauts physiques, met en valeur la plastique, drape, flatte l’amour propre de ses clientes. Des heures, des journées entières consacrées au bien-être des autres alors qu’elle s’enferme dans une austérité ascétique.

    Athéna veut que la chambre du couple donne directement dans son atelier. Dépouillée d’ornements, transformée en salon d’essayage elle n’a d’intime qu’un grand lit aux montants de cuivre. La monumentale armoire aux miroirs vénitiens sert de prétexte. Non, elle refuse qu’on déménage la couche ailleurs, ne veut pas entendre parler de psychés prévues à cet effet, ni de paravents qui isolent. Une porte de communication est ouverte, mais Athéna la fait remplacer par un rideau d’un tissu riche et soyeux. Plus de limites entre vie intime et vie sociale. Elle ne sort que rarement, consacrant son temps à coudre, comme si le fil de son existence dépendait du fil de son aiguille, comme si les points ne devaient jamais cesser. Morceau après morceau, elle assemble les tissus, bâtit des vêtements, fabrique, modifie des tenues, jamais satisfaite. Penchée sur son ouvrage, elle prolonge les jours. Elle retarde ainsi l’instant fatidique où elle ira s’allonger auprès de cet homme qui porte - quelle ironie !- le nom du Seigneur. Rompue, anéantie. Pourvu que les nuits soient courtes. Pourvu que l’épuisement physique soit à son paroxysme pour que le sommeil la plonge dans l’oubli. Au début, la mère de l’homme a tenté de discuter avec Athéna, de la raisonner ; elle mettait en danger son couple, son mariage, la réputation de son fils et la sienne, et que diraient les gens ? Comment une femme digne peut se comporter de la sorte ? Le regard gris orageux d’Athéna a stoppé le discours de la femme. Elle n’ose plus s’adresser à cette fille que rien ne peut distraire de son occupation. Elle continue à épier Athéna, à surveiller ses allées et venues, continue à écouter les conversations qu’elle tient aux clientes. Mais aucun reproche, aucun blâme n’ose franchir ses lèvres. Quant à l’homme, il s’efface devant la résolution farouche d’Athéna. Il se plie devant cette volonté indomptable. Amère, Athéna le regarde avec mépris. Où est sa belle assurance quand il piétinait son innocence ?

    Elle pense ne jamais aller au delà de ce désespoir. Elle se trompe. Il n’y a pas de limites à la souffrance. Il n’existe pas de fin. Alors qu’en elle, dans son cœur et son esprit tout est fané, mort, une autre existence bouge en elle. Une vie qu’elle n’a pas demandée, n’a pas désirée, n’a pas voulue. L’homme se réjouit, rien ne sera plus pareil, il garde l’assurance qu’Athéna lui appartient définitivement, cet enfant est le lien qu’elle refuse de lui accorder mais qu’elle finira par accepter, par admettre. Ils formeront désormais une famille. Lui aussi se trompe. Athéna néglige l’enfant, le délaisse. Non pas matériellement, non ! Elle lui donne tout ce qu’un enfant est en droit d’exiger de sa mère. Mais pas sa tendresse. Elle ne peut pas ! Elle n’arrive pas ! A-t-elle voulu cet enfant qui réjouit tant l’homme à qui il ressemble? A-t-il été conçu dans l’amour, le désir, le respect et la tendresse mutuels ? Athéna ne sait pas pardonner. Elle ne pardonne pas à l’homme, ne pardonne pas à l’enfant d’avoir créé ce lien entre elle et l’homme. Elle plonge dans le marasme. Comment un être peut vivre sans donner aux autres ? Comment peut-on survivre dans l’étau de la peur, de la souffrance, dans le silence ? Elle se le jure, elle ne laissera personne dominer la vie de l’enfant, il sera maître de sa destinée, son rôle à elle étant de le guider vers cette indépendance, vers cette liberté. Qu’aucun préjugé, quelle qu’en soit l’origine, n’entrave son monde. L’homme et sa mère trouvent cette tolérance néfaste pour l’enfant. Il n’est pas bon qu’il grandisse seul. Un deuxième enfant peut-être ? Athéna ne veut pas. Elle sait que son corps ne le supporterait pas. Mais l’homme est le plus fort physiquement et dans son sein, un nouvel être s’accroche et croît aux dépens de la jeune femme. Lentement il lui empoisonne le sang et l’entraîne à nouveau vers la mort. Le sang jailli par flots de son ventre et emporte à jamais les derniers espoirs de l’homme de racheter sa culpabilité. La mort raille en contemplant les ravages.

    (à suivre)

  • Une Femme IV

    Mais le sud apprend aux gens la soumission, il les rend fatalistes. Le père contemple l’horizon par delà la montagne. Pas de révolte, pas d’issue, pas d’échappatoire, pas de choix, pas d’alternative…On accepte. On plie. On capitule.

    La jeune mariée pleure. Pitié ! Elle se recroqueville au plus obscur angle de la pièce. Elle se fait petite, toute petite. Je veux être invisible, disparaître, me disloquer. Maintenant ! MAINTENANT ! Horrifiée, elle regarde cet homme inconnu à qui son père a donné sa fille en la bénissant. Mon Dieu, faites qu’il meure ! Faites que je meure ! Faites que je disparaisse ! Mais rien ne se produit, et l’inconnu continue d’avancer, un sourire de carnassier sur les lèvres. Non, ne me touche pas ! Assassin, meurtrier, non, non, ne me touche pas, tu n’as pas le droit ! PAS LE DROIT! Elle sort de son mutisme, se bat, hurle à s’en déchirer la gorge, implore, prie, se bat avec désespoir, griffe, mord, donne des coups. Sa détresse excite l’homme, il respire fort, et son corps mûr, en pleine force de l’âge écrase le corps fragile de l’adolescente. Molestée, humiliée, elle cesse de lutter, ferme les yeux. Ne pas voir, ne pas sentir, être une pierre, une statue de marbre que rien ne touche ! Au fond de l’abîme où elle tombe, Athéna entend un ricanement. Cela est pire que la mort, pire que tout ! Les larmes coulent, inondent les joues, mouillent l’oreiller. Immobile, les yeux clos, elle étouffe sous le poids de l’étranger. Une odeur âcre, rance lui monte aux narines, des mains moites violent ses seins purs, la bouche humide se promène sur sa peau comme une limace qui laisse derrière elle des traces de bave indélébiles, elle sent l’excroissance de son dard la meurtrir, la poignarder encore et encore. Il halète de plus en plus fort et dans un râle s’écroule de côté. Une explosion se fait dans la tête d’Athéna, la raison l’abandonne. Comment est-ce possible ? Comment puis-je vivre encore, comment se fait-il que je respire encore ? Comment puis-je continuer à vivre ? Le râle est toujours là, près de sa couche. Comprendre. Le corps martyrisé, l’esprit en délire elle se recroqueville au fond de son lit. Elle se concentre. Non, ce n’est pas l’homme qui respire, ce n’est pas lui, il est mort depuis longtemps déjà, mort et enterré. Il ne viendra plus la prendre, il ne viendra pas violer son corps, tuer son âme, martyriser sa dignité. La vieille dame pleure. Ce n’est que l’appareil respiratoire qui la maintient en vie. La fièvre a obscurci sa raison, elle s’est crue à nouveau dans la chambre du supplice. Et elle pleure. La fièvre gagne son corps et sa conscience. Elle s’enfonce dans le néant. Ne plus souffrir ! Mais, voilà qu’on l’appelle. Quelqu’un lui baigne le visage à l’eau fraîche, l’oblige à boire, soulève sa tête pour lui donner de l’eau. Athéna, ma chère enfant, ressaisis-toi, Reviens parmi nous, reviens ! La voix de sa mère la berce, l’endort, puis à nouveau l’exhorte de revenir. Une semaine durant, la mère lutte fermement avec l’obscure, arrache lentement Athéna des ténèbres dans lesquelles elle s’est perdue. Elle cligne des yeux, fixe le visage de sa mère, promène son regard autour d’elle, voit sa petite sœur de six ans sa cadette assise sagement près du lit, découvre adossée au mur le luth de son père et reconnaît la maison. Mon Dieu ! n’était-ce donc qu’un rêve ? Un cauchemar de son cerveau enfiévré ? La voix de sa mère continue à expliquer combien ils ont eu peur de la perdre, comment son père, inquiet pour elle, l’a transporté chez eux pour qu’on prenne soin d’elle, la lutte qu’il a fallu mener pour l’arracher aux griffes de la mort, le prêtre qui lui a donné l’extrême onction, les derniers sacrements, persuadés qu’ils étaient de l’irrévocable, ses prières à la sainte Vierge. Elle lui raconte les regrets du père, ses remords, sa souffrance, ses craintes et sa tristesse. La mère sourit, soulagée. Mais tu es là, tu es sauvée. Sauvée ! Un nouveau désespoir l’engloutit. Non ! ce n’était pas un rêve, ce n’était pas une hallucination due à la fièvre ! Elle n’est pas l’adolescente insouciante d’avant, elle n’est plus qu’une chose à la disposition des autres, elle n’a même pas le droit de mourir, on l’a arrachée à son dernier refuge. Avec un effort, elle se tourne vers le mur et s’enferme dans le silence. Quelqu’un ricane au fond de sa tête.

    (à suivre)

  • Vers une technologie du futur

    Il y a des ordis qui marchent, des ordis qui sont lents, des ordis qui rament, qui nagent, qui boguent, avec internet libre accès, avec internet haut débit et internet bas débit, des forfaits tout compris (services non compris en cas de panne), des ordis qui récalcitrent, ordis portables new age, microsoft, Linux, ou mac!Des ordis très ordinaires ou pas.

    Mais mon ordi à moi, c'est un sacré ordinateur nommé L'ORDI SACRE

    (merci au parrain pour la trouvaille)!