29.10.2009
Cendrillon et les talons aiguilles (9)

La Reine-mère était quelque peu inquiète pour son fils. Son cœur de mère le lui disait : le Prince n'était plus le même ces derniers temps!
Depuis quelques jours déjà, le Prince paraissait amaigri, pâle. Il avait l'air las et rêveur. Un peu trop distrait au goût de la Reine-mère. Il ne mangeait pas assez. Il ne dormait pas suffisamment. Le pauvre garçon était accaparé constamment ! Il se fatiguait à satisfaire les exigences du protocole et de sa femme !
Sa femme ! Parlons-en de celle-là ! Non pas que la Reine-mère lui reprochât quoi que ce fût, non ! Dieu l'en garde ! La Reine n'était pas comme ça ! Elle ne faisait pas partie de ces belles mères abusives qui croient que la fin du monde arrive parce que leur enfant se marie ou que leur fils est mal tombé dès qu'il parle de s'installer avec quelqu'un et voit des pièges partout. Non ! La Reine-mère s'était préparée à l'idée que son fils allait un jour trouver une compagne et fonder une famille : c'est la loi de l'existence, n'est-ce pas ? D'ailleurs, elle avait incité son fils à chercher parmi leurs connaissances la jeune fille idéale pour devenir son épouse. Elle-même avait suggéré quelques noms, en vu d'une alliance réussie parce qu'elle se souciait de son bonheur. Bon ! Ca ne s'était pas fait ; le Prince avait préféré choisir Cendrillon. Soit ! Il était assez grand pour décider à sa guise ! Il voulait Cendrillon, qu'il épousât donc Cendrillon ! Et puis, loin d'elle l'idée de médire de sa belle fille ! Cendrillon était une fille bien ! Toujours souriante, toujours aimable, polie, bien élevée, jamais un mot plus haut que les autres... Avec cela, elle était jolie, peu bavarde, savait se conduire en toutes circonstances, chantait et dansait si bien ! Elle s'était adapté rapidement à la vie au Palais, traitait le Roi et sa belle-mère respectueusement... Non, la Reine-mère ne lui reprochait rien. D'accord, sa condition sociale n'était pas identique à la leur ; mais les temps changeaient, on n'était plus au Moyen-âge et tant mieux. On pouvait désormais se marier avec une jeune fille plus pauvre que soit sans que cela soit un problème. Non, la Reine-mère acceptait les changements ; de son temps elle en avait même initié quelques uns. Le Prince pouvait épouser Cendrillon. D'ailleurs il l'avait bien fait et son choix convenait parfaitement à la Reine-mère et elle serait la dernière personne à en dire quoi que ce fût.
Tout de même ! La Reine-mère hésitait. Tout serait merveilleux si on ne pouvait soulever quelques objections. Lesquelles ? Pour commencer, on ne lui enlèverait pas de la tête que quelque chose ne tournait pas rond dans cette affaire. Cendrillon était gentille, mais, tant de perfection était à la limite de la décence. « Trop c'est trop ! » se disait la mère du Prince. Ensuite, Cendrillon influençait visiblement le Prince. Positivement, cela s'entend. Cependant, lui, qui auparavant ne faisait qu'à sa tête, ne prenait plus aucune décision sans consulter sa femme. Enfin, impuissante, elle ne pouvait que constater : son fils devenait absent, perdait du poids et si ça continuait, il tomberait malade ! Elle ne permettrait pas une chose pareille. En tant que mère du Prince, il fallait intervenir, aider son enfant. C'était son rôle de mère !
La Reine-mère réfléchit longuement, et prit sa décision. A partir de ce moment-là, elle espionnerait sa belle fille et le Prince afin de savoir de quoi il retournait.
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25.10.2009
Cendrillon et les talons aiguilles (8)

L'Avatar de Cendrillon était éveillé malgré l'heure tardive, échafaudant des projets pour prendre définitivement la place de Cendrillon au Palais. Il ne savait pas combien de temps le sortilège de la Fée-marraine pouvait encore tenir. Il fallait donc agir vite et avec beaucoup de discrétion. Il ferma la porte à clef, s'assura que tout le monde dormait et habillé de noir, se faufila par la porte du balcon dans les jardins, et de là, vers la ville basse. Il connaissait bien les lieux, ce qui lui permettait de se déplacer avec aisance sans éclairage. Il marcha longtemps et arriva enfin devant une masure appuyée sur les remparts de la ville. L'Avatar frappa trois coups et entra sans attendre de réponse. Une fois sa besogne exécutée, il regagna les jardins du Palais, grimpa sur le balcon de la chambre de Cendrillon. Rapidement, il se débarrassa de ses vêtements sombres et se glissa comme si de rien n'était dans le lit.
Le lendemain matin, la fausse Cendrillon prétexta une indisposition soudaine, s'enferma dans ses appartements et refusa de recevoir quiconque demandait audience. Elle interdit à ses suivantes de la déranger mais envoya un message au Prince qui s'empressa d'arriver, alarmé d'apprendre que son cher amour ne se sentait pas très bien.
« Que vous arrive-t-il, cher ange ? Voulez-vous que j'envoie chercher le médecin du Palais ?
- Non, non ! Ne prenez pas cette peine, mon Prince. Ce n'est qu'une indisposition passagère qui ne tardera pas à se dissiper.
- Dites-moi ce qui vous ferait plaisir, et je me ferais un honneur de satisfaire vos désirs !
- Mon Prince, dit l'Avatar d'une voix qu'il fit douce et caressante. Cela fait bien longtemps que je désire aller rendre visite à ma vieille grand-mère qui habite près des remparts. Elle est vieille et malade et je ne sais combien de temps lui reste-t-il à vivre ! Elle me manque terriblement !
- Pourquoi ne le disiez-vous pas plutôt ? Est-ce cela qui cause votre indisposition ? J'envois mes gardes la chercher pour l'accompagner au Palais tout de suite.
- Non ! s'écria aussitôt la fausse Cendrillon. Inutile de déranger les gardes. Elle est trop vieille et elle risque de prendre peur avant qu'ils aient eu le temps de lui expliquer leur présence chez elle !
- Mais alors ?
- Je voudrais qu'aujourd'hui, vous m'accompagniez chez elle. Rien que vous et moi.
- Rien de plus facile. J'ordonnerais qu'on nous prépare le carrosse royal et ...
- Allons à pied ! S'empressa de demander Cendrillon-Avatar. Ne le dites à personne et partons ensemble chez ma grand-mère pendant l'heure de la sieste. Je ne veux pas que les gens au Palais sachent que je vais voir une pauvre parente dans les bas quartiers.
- Pourquoi donc ? C'est tout à votre honneur de vouloir prendre des nouvelles de votre parente ! Cela prouve combien vous êtes gentille, prévenante et combien vous vous souciez du bien-être de votre famille !
- Non, non ! Pensez à ce qu'on dira. Certaines personnes ne voient pas d'un bon œil notre mariage et ne demandent qu'à trouver des prétextes pour m'accuser de ne pas appartenir à votre monde. Elles ne manqueront pas de raconter que je néglige mes devoirs pour courir chez mes parents à la première occasion. Je ne puis souffrir que ma réputation soit ternie. Cela nous causerait un grand préjudice si on s'avise à dire que j'ai des préférences. Imaginez mon amour si votre mère l'apprenait ! Elle ne supporterait pas de se sentir évincée.
- Je ne vois pas en quoi ça la dérangerait.
- On ne sait jamais, mon Prince. Je préfère que cela reste notre secret à vous et moi. Cela me ferait tant plaisir ! »
Afin de satisfaire sa femme qui le lui demandait comme une faveur, le Prince accepta d'accompagner la fausse Cendrillon dans les bas quartiers. Ainsi, à l'heure de la sieste, lorsque tout le monde se retira pour se reposer dans sa chambre, le Prince et celle qui croyait être sa femme, déguisés et méconnaissables sortir par une porte dérobée et se dirigèrent vers les quartiers pauvres. Arrivés devant la même porte que l'Avatar avait poussée la veille, ils frappèrent. Une voix chevrotante et faible les invita à entrer et les deux époux, pénétrèrent dans une pièce au plafond bas, sombre et malodorante. Dans un coin, se tenait une très vieille femme, laide et dépenaillée qui se hissa sur son séant dès qu'elle les vit. Le Prince esquissa un mouvement de recul mais ne dit rien de peur d'offenser sa femme. La vieille femme leur fit un accueil chaleureux, les invita à s'asseoir et leur offrit à boire. A contre cœur, le Prince goûta à l'affect breuvage de la grand-mère et décida de faire semblant d'avaler. Mais Cendrillon le fixait avec un sourire et il s'obligea à l'avaler jusqu'à la dernière goutte. Les deux femmes se promirent de se revoir très bientôt et après des embrassades qui parurent interminables au Prince, ils reprirent le chemin du retour. Cendrillon était heureuse et n'arrêtait pas de répéter combien la visite chez sa grand-mère lui avait fait du bien, et combien elle était reconnaissante aux Prince d'avoir accepté de l'accompagner. Elle penchait tendrement sa tête sur l'épaule du Prince, lui caressait la main et ne cessait pas de soupirer d'aise. Pour ne pas la contrarier le Prince ne dit rien, et promis de recommencer l'expérience. Il quitta son épouse devant la porte de ses appartements et regagna les siens avant que les gens du Palais ne se rendent compte de son absence.
L'Avatar jubilait. Son plan avait marché à merveille. En réalité, la vieille femme à qui ils avaient rendu visite n'était nullement sa grand-mère mais une puissante sorcière qui en contrepartie de ses services avait préparé un filtre pour ensorceler le Prince et le lier pour toujours à la fausse Cendrillon. De sorte que si la vraie Cendrillon venait à revenir à l'improviste, elle ne pourrait plus reprendre sa place et l'Avatar serait reine pour toujours.
18:54 Ecrit par Neriel dans Les contes du Bombyx | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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16.10.2009
Cendrillon et les talons aiguille (7)
Cendrillon ne se doutait pas des projets malveillants de son Avatar.
Pour le moment, les pieds plongés dans une bassine d'eau salée préparée par les soins de Giselle, elle discutait avec son amie. Elle lui racontait les répétitions du matin, ses difficultés, ses faux pas, les humiliations du Maître de la danse, les moqueries de ses camarades et leur dédain. Les larmes traçaient des sillons disgracieux sur les joues de la jeune fille et son rimmel coulait abondamment, formant des cernes noirs autour de ses paupières. En la voyant on aurait eu du mal à reconnaitre en cette fille échevelée et abattue la splendide épouse du Prince. La grâce et la délicatesse avaient disparus. Cendrillon renifla, accepta le mouchoir en papier que la main secourable de Giselle lui offrait et se moucha bruyamment. Contrariée de sa faiblesse momentanée, Cendrillon répéta encore une fois la même chose.
« J'ai bien entendu, Giselle ! Il disait que je n'étais qu'une empotée ! Moi, qui avais la réputation d'être une excellente danseuse au Palais, voire la meilleure parmi les courtisanes !
- Allons ! Ne vous mettez pas dans tous vos états, lui conseilla Giselle. Ce qu'il vous faut ce sont quelques cours de danse, histoire de prendre confiance en vous et être fin prête pour la générale du spectacle. Vous avez suffisamment de talent pour y arriver.
- Vous le pensez vraiment ? demanda pleine d'espoir Cendrillon.
- J'en suis convaincue. Seulement, il faudra travailler plus durement. Un effort supplémentaire s'impose, sinon ils prendront quelqu'un d'autres à votre place et vous vous retrouverez au chômage.
- Mais comment faire ?
- Laissez-moi m'occuper de cela. Il suffit de passer deux-trois coups de fil. Pendant ce temps, débarbouillez votre visage. Je reviens dans un instant. »
Giselle disparut dans sa chambre.
Cendrillon se leva en soupirant, essuya ses pieds meurtris par des heures interminables d'exercices, alla s'enfermer dans la salle de bains. Elle se démaquilla soigneusement, se lava, se brossa les cheveux qu'elle attacha en une tresse, mit une confortable robe de chambre et alla s'installer devant la télé en attendant que Giselle termine ce qu'elle avait à faire. Cette dernière, le téléphone dans une main, une friandise dans l'autre, appela des vieilles connaissances et quelques amies qui étaient encore dans le circuit. Elle expliqua, discuta, parlementa, négocia, déploya des trésors de patience et, enfin, triomphante raccrocha le téléphone et alla trouver sa protégée qui se morfondait devant sa série préférée « Malcolm ».
« Tout est réglé ! Mon ami Isa, vous prend en charge dès demain soir. Au programme, petite remise en forme, endurance, leçons de danse. Et maintenant, au lit, si vous voulez être en forme. »
***
16:48 Ecrit par Neriel dans Les contes du Bombyx | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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08.10.2009
Cendrillon et les talons aiguilles (6)

Juchée sur des talons d’une hauteur vertigineuse, Cendrillon s’efforçait de suivre les indications du chorégraphe.
« Qui m’a mis une cruche pareille, pensait avec amertume le Maître de danse. J’ai rarement vu une gourde pareille ! On ne sera jamais prêt pour l’ouverture du spectacle. S’il vous plaît mesdemoiselles ! déclara-t-il à haute voix. Reprenons à la troisième mesure, et tâchez de ne pas vous tromper ! Soyez dans le rythme, conclut-il en faisant signe au pianiste de reprendre. A mon signal ! »
Il fit une pause, retourna s’asseoir face à la scène.
"Prêtes, Mesdemoiselles ? Sept, huit. Et un, deux, trois, quatre, et cinq six, sept… STOP ! »
Une rumeur se diffusa parmi les danseuses. Il s’avança de quelques pas vers le groupe, sortit un énorme mouchoir de sa poche et s’épongea le front.
« ARRETEZ TOUT ! Bonté divine quelle genre de danseuse vous êtes à le fin ? Lança-t-il à l’attention de Cendrillon. Vous ne pouvez pas faire attention ? Ce n’est pas compliqué ! Vous avancez de deux pas… poursuit le Maître en joignant le geste à la parole. Pirouette, on lève la jambe, et hop, on revient à la position de départ. On recommence. Sept, huit. Et un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit… Bien. Mesdames, c’est tout pour aujourd’hui. Je vous revois demain à sept heures précises. »
Cendrillon suivit les autres danseuses dans les coulisses. Une fois dans la loge qu'elle partageait avec deux autres filles, la jeune fille retira ses hauts talons avec un soulagement manifeste. Elle prit le temps de masser ses orteils puis, elle glissa ses pieds meurtris dans une paire de charentaises que Giselle lui avait offertes. Elle avait des ampoules, ses pieds, ses jambes et ses orteils la faisaient souffrir atrocement.
« Mes pieds sont si déformés, que je n’arriverais plus jamais à entrer dans mes jolies pantoufles de vair ! Soupira-t-elle. Si au moins, je pouvais rester me reposer à la maison demain ! » Elle savait pourtant, que cela était impossible, et que dès cinq heures du matin, Giselle l’attendrait avec une tasse de thé à la main pour l’accompagner à ses répétitions.
***
Pendant que Cendrillon s'évertuait à tenir debout sur ses talons aiguilles, l'Avatar resté au palais à sa place, passait des journées heureuses et tranquilles. Elle avait tout ce dont elle avait besoin ; on prenait soin d’elle ; on faisait attention à ses moindres désirs ; et le Prince était parfaitement charmant. Une après midi où elle se promenait bras dessus-dessous avec l’héritier du trône, elle envisagea son existence avant d’arrivée au Palais. Ah ! Comme ce serait bien de rester toujours ici dans ce lieu superbe, entourée des gens de qualité ! Ne jamais se soucier des besognes bassement matérielles et vulgaires du quotidien ! Tout en hochant la tête à ce que lui murmurait le Prince à l’oreille, l’Avatar échafaudait ses plans.
« Pourquoi je laisserai ma place à Cendrillon ? Elle n’apprécie pas plus que ça la vie au Palais ! Elle passait son temps à s’ennuyer et à se plaindre ! Je ne vois pas pourquoi elle aurait droit de profiter de tout alors que je suis cantonnée à faire les doublures ? Après tout, elle a choisi de partir ; personne ne l’a forcée. Elle était d’accord pour qu’on échange nos places. Il faut trouver un moyen pour qu’elle ne revienne plus… »
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19.09.2009
Cendrillon et les talons aiguilles (5)
Cendrillon écarquilla les yeux ébahie.
Devant elle, sous des projecteurs rouge et or, brillant de mille feux, vêtu de paillettes et des strass, un groupe de jolies filles allait et venait au rythme d'une musique endiablée.
"Je dois rêver !" fut sa première réaction.
Elle ferma un instant les paupières puis regarda à nouveau la scène où le groupe de filles se dandinait, sautait, frappait du pied dans d'élégants sursauts acrobatiques. Abasourdie, Cendrillon serra convulsivement entre ses doigts tremblants un papier qu'une employée de L'ANPE lui avait confié tantôt. Incrédule, elle vérifia le papier puis elle inspecta de nouveau les lieux. C'était à ne rien comprendre. Cendrillon se tourna vers Giselle qui se tenait à côté d'elle. La vieille dame qui l'avait accompagnée dans ses démarches pour trouver un emploi, l'avait conduite jusqu'à cet endroit bruyant afin de l'encourager dans ses démarches.
« Giselle, je ne crois pas que je pourrais... faire ça ! s'exclama la jeune fille en esquissant un vague geste vers la scène où le groupe de filles terminait son numéro sur un roulement de tambour.
« Pourquoi pas ! répliqua sa compagne, l'œil pétillant et le sourire aux lèvres. C'est un joli spectacle plein d'entrain. Il n'y a aucune honte à être danseuse de revue ou de music-hall. »
« Enfin Giselle, regardez ces filles. Elles sont à moitié nues ! »
« Sottises ! Vous n'allez pas vous formaliser pour quelques centimètres de peau de plus ou de moins. Vous n'êtes plus dans un conte de fées. Vous devez travailler pour subvenir à vos besoins. Avec vos peu de qualifications, il ne faut pas faire la difficile. Vous devez accepter ce travail. »
« Mais... »
« Il n'y a pas de mais ! Vous devez accepter. Il vous faut un emploi. Au début ça ne va pas être facile, je vous l'accorde. Vous allez apprendre petit à petit. Les filles seront ravie de vous aider.»
Cendrillon n'était pas convaincue mais elle n'eut pas le temps de répliquer, qu'un homme d'une cinquantaine d'années s'approcha d'elles et se mit à examiner Cendrillon des pieds à la tête.
«Hum, pas mal ! dit-il en connaisseur. Vous êtes la jeune fille envoyée par l'ANPE ? demanda-t-il sans cesser de passer en revue Cendrillon. Vous êtes un joli brin de fille. Votre peau sera parfaite avec un peu de maquillage. Nous prendrons vos mesures pour le costume. Allez sur scène pour que je vous voie danser ! »
Cendrillon hésita, mais Giselle la poussa sans ménagement.
« Pardonnez-la, elle est un peu timide, vous savez ! »
« C'est sans importance, répondit l'homme. Au début toutes les filles sont intimidées de danser devant un étranger. Ne craignez rien Mademoiselle. Vous allez voir que ce n'est pas compliqué. Martine va vous aider. Martine ! cria-t-il et une femme assez jeune, petite et rondelette sortit des coulisses. Occupez-vous de cette fille, voulez-vous ? Elle vient d'arriver et il faut que je la voie danser. »
Sans un mot, la prénommée Martine descendit de la scène et s'avança vers le petit groupe qui se tenait parmi les tables de la salle.
« Comment vous appelez-vous ?
« Cendrine, balbutia la jeune fille.
« C'est un prénom un peu... vieillot si vous voulez mon avis. Il serait mieux qu'on vous appelle autrement, quelque chose de plus glamour, de beaucoup moins... »
« Pourquoi ne pas la nommer Cendrillon, intervint Martine. Elle a quelque chose de particulier dans son maintien. »
« Oui, vous avez raison. Un je ne sais quoi de romantique. Les gens sont avides de romantisme. Va pour Cendrillon. »
Ainsi rebaptisée de son propre nom, Cendrillon s'éclipsa en coulisses. Giselle était heureuse pour elle. Ce travail permettrait à Cendrillon d'acheter quelques nouveaux vêtements dont elle avait besoin, s'acheter quelques babioles et accessoires indispensables.
Maurice, le directeur du cabaret trouva la danse de Cendrillon un peu gauche et retro, mais il avait besoin d'une danseuse de toute urgence. Il engagea donc la jeune fille, négocia âprement son salaire avec Giselle qui mit tout en œuvre pour favoriser sa protégé et quelques heures plus tard, devant une tasse de thé chaud et parfumé, Cendrillon abandonnait ses derniers scrupules devant les perspectives qui s'offraient à elle, grâce à son premier emploi rémunéré. Elle embrassa chaleureusement son amie Giselle et c'est l'esprit rempli de projets qu'elle alla se coucher.
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05.09.2009
Cendrillon et les talons aiguilles (4)

Sa valise à la main, Cendrillon se sentit perdue.
Le sortilège de sa marraine l'avait expédiée devant une immense gare, dans un univers chaotique où tout était nouveau pour elle et où tout lui sembla hostile. Dès le premier abord, une odeur atroce la fit suffoquer. Elle toussa et plissa son joli nez. Des larmes lui montèrent aux yeux et il lui fallut un temps pour respirer à nouveau normalement. Comment les gens qui vivaient ici pouvaient supporter cette puanteur ? Ce n'était pas tout ! Des bruits atroces jaillissaient de toutes parts ! Des carrosses tirés par aucun cheval mugissaient, crissaient, klaxonnaient. Des cris insupportables, des sons stridents, des exhortations diverses se mêlaient dans une cacophonie indescriptible. Ses oreilles en furent offensées. Des passants se pressaient, la frôlant presque. Ils allaient, venaient, s'arrêtaient, repartaient, gesticulaient. Bref, une agitation extrême entourait notre héroïne.
Une peur panique étreignit la jeune fille. Son cœur sombra au fond de sa poitrine. Soudaine, la solution de la Fée-marraine lui parut absurde et ridicule. Elle-même se sentit ridicule. Quelle idée vraiment, de quitter son Prince, le palais, son bien-être pour se lancer dans un monde inconnu ! Découragée, elle regretta son empressement. Il aurait mieux valu qu'elle restât là où elle était, chez elle ! Désormais, il était impossible de revenir en arrière. Restait à souhaiter que le délai du sortilège passe le plus vite possible pour la ramener dans son monde. Rassérénée quelque peu à cette réflexion, Cendrillon fit deux-trois pas en avant. Elle hésita. Que faire ? Où aller ? Elle ne connaissait ni l'endroit ni personne.
« Tout de même, pensa-t-elle. Je ne peux pas rester plantée ici ! Je dois faire quelque chose ! Commençons par trouver un endroit où loger, puis, j'aviserai. »
Serrant la poignée de sa valise, Cendrillon s'avança courageusement vers la première personne qui lui sembla digne de confiance, une dame d'un certain âge assise avec son chien sur un banc.
« Excusez-moi, Madame, dit-elle d'une voix tremblante. Je suis étrangère ici, je ne connais personne et je voudrais trouver un endroit où loger provisoirement. Pourriez-vous m'aider ? »
La dame examina son interlocutrice suspicieusement. D'où débarquait-elle ? Ses vêtements bien que correctes étaient affreusement démodés. Ses chaussures portaient des boucles brillantes ridicules et sa valise paraissait d'un autre siècle.
« Je cherche un endroit où loger. Pourriez-vous m'aider ? » répéta plus fort Cendrillon croyant que la dame ne l'avait pas entendu.
« J'ai compris, répondit la vieille femme. D'où sortez-vous accoutrée de la sorte ? On dirait que vous allez à un carnaval ! »
- Pas du tout ! Dans mon pays tout le monde s'habille ainsi.
-Ah ! Alors vous devez être de très loin, dépondit la vieille femme en examinant encore les vêtements de Cendrillon. J'aurais parié que vous vous êtes déguisée. Vous feriez mieux de changer de style si vous ne voulez pas avoir des ennuis.
-Vous croyez ?
-J'en suis sure ! N'avez-vous rien d'autre à vous mettre ?
Cendrillon observa les habits de la dame, puis regarda les passants. Parmi eux des femmes. Elles portaient des jupes courtes qui laissaient voir leurs jambes sans une once de gêne. D'autres portaient des vêtements masculins mais personne ne paraissait s'en formaliser. Leurs chaussures avaient des formes et des couleurs variées. Elles avaient les cheveux coiffés librement, portaient des sacs et des bijoux et semblaient pressées et affairées. Cendrillon posa se valise, s'assit près de la dame et regarda ses propres habits.
« C'est que... je suis partie précipitamment, murmura-t-elle accablée. Je ne m'attendais pas à ça ! Je me sens complètement perdue. Je viens d'arriver dans cette ville. Je n'ai pas où aller. Je n'ai personne vers qui me tourner. Pas moyen de rentrer chez moi avant un certain temps. »
Devant son innocence, son air désemparé la dame eut pitié de Cendrillon.
« Ecoutez, je ne vous connais pas, mais vous m'avez l'air d'une brave fille. Je vous propose de m'accompagner chez moi. Vous me raconterez votre histoire devant une tasse d'un bon chocolat. Je pourrais peut-être vous aider. Qu'en dites-vous ? »
N'ayant pas d'autre solution, Cendrillon accepta avec gratitude. Elle suivit donc la dame chez elle dans un petit appartement non loin de la gare. Assise dans le minuscule salon de la vieille dame, sa tasse de chocolat dans une main et un beignet dans l'autre, Cendrillon raconta tout à sa bienfaitrice qui insista pour que Cendrillon l'appelât par son prénom. Après l'avoir écouté attentivement, Giselle -c'était le prénom de la vieille femme- dit à Cendrillon.
« Ton histoire est invraisemblable mais je te crois. Je vais bien t'aider. En attendant que le sortilège se termine, tu peux rester ici. Ce sera amusant ! Tu agiras à ta guise jusqu'à ce que tu rentre chez toi. Ne raconte à personne qui tu es vraiment et ce que tu fais ici ; les gens te prendraient pour une folle et t'enfermeraient dans un asile ! Avant tout, il faudra te trouver un autre nom et une histoire qui te ferra passer pour quelqu'un de normal. »
Cendrillon acquiesça. Elle faisait confiance à sa nouvelle amie. Ainsi, elle accepta que Giselle l'aidât. Elle s'appellerait désormais Cendrine Grosjean et serait la petite fille de Giselle.
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30.08.2009
Cendrillon et les talons aiguilles (3)

Un soir où le sommeil tardait à venir, Cendrillon quitta son lit. « Inutile de rester allongée, pensa-t-elle. Je vais prendre un peu l'air. » Sur la pointe des pieds, Cendrillon alla vers une porte fenêtre qui donnait sur le balcon de sa chambre, l'ouvrit et sortit à l'air frais de la nuit. Le ciel était limpide. Les étoiles brillaient au-dessus de sa tête. Cendrillon se pencha et regarda les astres, perdue dans ses pensées. Fermant les yeux, elle respira profondément l'air pur. Elle souhaita que quelque chose changeât dans sa situation. A peine son souhait formulé, qu'elle entendit un léger tintement comme le son d'une clochette de cristal. Intriguée, Cendrillon regarda l'obscurité autour d'elle et vit une lumière argentée s'approcher rapidement. Peu après, devant ses yeux ébahis, se tenait sa marraine, la Fée. Cendrillon s'inclina gracieusement devant elle. Sa marraine ouvrit ses bras et la jeune princesse s'y réfugia avec émotion. Les effusions des retrouvailles terminées, Cendrillon invita sa visiteuse à entrer dans son boudoir de peur que quelqu'un les surprît.
« Marraine chérie ! Que je suis contente de vous voir !
-Moi de même, mon enfant. Cela fait longtemps que je ne t'ai pas vue.
-C'est vrai, chère marraine, depuis la cérémonie du mariage ! Que me vaux le plaisir de votre visite à une heure pareille ?
-A toi de me le dire ! J'ai entendu ta prière. Que se passe-t-il ? N'es-tu donc pas heureuse avec ton Prince ?
- Si, si ! Il ne s'agit pas de cela, chère marraine.
-Qu'est-ce donc ? Tu peux tout me dire. Ouvre ton cœur. »
Cendrillon expliqua en détails son profond ennui et poursuivit.
« Je sais que d'autres me blâmeraient dans ces circonstances et me jugeraient ingrate. J'ai tout ce que je peux désirer, voire plus encore !
-Alors ?
- Alors ? Voyez-vous marraine chérie, au palais chacun pense à mon bien-être, à mon bonheur ; ils prennent soin de moi, ils m'aiment et me respectent. Sauf ...
- Sauf ? demanda la Fée avec un léger sourire.
- Ne croyez pas que je n'apprécie pas ma nouvelle existence ou les gens qui m'entourent. Tant de gentillesse ! Je n'ai pas l'habitude que l'on me montre autant de prévenances. Avant, lorsque j'habitais chez ma belle mère, c'était difficile ! Je travaillais beaucoup et on me traitait durement. Mais j'avais l'habitude d'organiser mon temps. Je n'avais que peu de moments de tranquillité, mais j'étais libre d'agir à ma guise. Ici au palais, je n'ai aucune autonomie ! Pas un seul instant où les autres ne décident pas ce que je dois dire ou faire ! Je ne décide de rien, je ne choisis même pas ce que je dois porter ou à quelle heure je dois aller me coucher ! Cela me pèse profondément et pour être honnête, bien que mes journées soient très remplies, je m'ennuie ! Tous ces bals, toutes ces réceptions ! J'ai l'impression que je suis réduite bêtement à sourire et à danser !»
« Je crois comprendre ce que tu éprouve, dit la Fée-marraine lorsque Cendrillon se tut. Cependant, il serait ridicule de vouloir retrouver tes anciennes tâches ou retourner dans ta vielle maison. Tu es trop gentille pour être vindicative mais tout de même ! Tu n'as pas oublié si vite combien tu as souffert de la cruauté de tes demi-sœurs et de ta belle mère ! »
Cendrillon hocha négativement la tête. La Fée-marraine poursuivit.
« Il devrait y avoir un moyen de t'occuper différemment, mais je ne vois pas du tout comment ! »
La Fée réfléchit longuement et au bout d'un moment qui parut interminable à Cendrillon elle dit : « Je crois que j'ai une alternative à te proposer. Tu n'es pas obligée d'accepter tout de suite. Je ne peux changer le cours des événements et ta situation de Princesse ne te permet pas de négliger tes obligations à la cour au près du Prince. Quoi que tu fasses tu ne peux quitter ta place au palais. » Conclut-elle.
Voyant la déception assombrir le joli visage de sa filleule et ajouta : « Néanmoins, un peu de magie devrait aider à te sortir d'affaire ! »
En attendant ces propos, Cendrillon se réjouit.
« Je vous adore marraine chérie !s'exclama-t-elle en la prenant dans ses bras et l'embrassant bruyamment sur les deux joues.
-Pas si vite ! Ce ne sera qu'une solution provisoire, tu le sais ! Mais ça vaux le coup d'essayer. Voici mon idée. »
La Fée marraine entreprit de raconter son plan à Cendrillon.
« Je peux créer un avatar qui prendrait ta place au palais pendant que tu seras occupée ailleurs. Tu agirais à ta guise puis te reprendrais à nouveau ta place sans que personne ne soit jamais au courant. »
La joie de Cendrillon fut si grande qu'elle se mit à virevolter autour de la pièce. « Comme cela semble excitant ! Je suis si impatiente que je ne pourrais pas attendre demain matin ! »
« Prends garde Cendrillon ! Je ne suis qu'une Fée -marraine. Ma magie est limitée et mes sortilèges ne sont pas permanents. Je ne peux accomplir ce tour de force que pour une courte période !
« Oui, je comprends. »
« Aussi, je dois t'avertir. Tu devras te débrouiller seule. Il faudra t'expédier à une autre époque afin d'éviter que tu te trouve face à ton avatar ou que vous vous retrouviez simultanément au même endroit ; car ça rendrez fou tout le monde ! »
Ne voyant pas d'objection, Cendrillon acquiesça. Elles mirent en place les détails du plan. Enfin, la Fée-marraine sortit sa baguette magique, souhaita bonne chance à sa filleule et d'un tour savant, expédia Cendrillon dans notre monde.
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28.08.2009
Cendrillon et les talons aiguilles (2)
Cendrillon s’ennuyait.
Depuis un certain temps déjà, le luxe, les fastes du palais, les bals avaient perdu leurs attraits. Assurément, elle vivait dans des appartements spacieux. Elle possédait des équipages luxueux, des habits pour chaque occasion, des bijoux et des parures somptueux. Des dizaines de serviteurs prévenaient ses moindres désirs. Elle avait une dame de compagnie pour discuter, s’amuser, se promener avec elle lorsque le Prince était occupé et une femme de chambre pour l’aider à se laver, s’habiller, se coiffer. A table la nourriture était abondante et variée et les cuisiniers s’activaient toute la journée pour satisfaire ses goûts. Les distractions étaient nombreuses, les cérémonies et les réceptions régulières. En été elle partait avec le Prince et sa famille aux bains de mers. En hiver à la montagne. En automne à la chasse, au printemps à la campagne. Chaque matin, elle recevait dans son salon particulier des visiteurs de marque venant des quatre coins du pays. Elle s’entretenait de musique, de philosophie, d’art, de poésie avec d’illustres Maîtres. Chaque soir, elle assistait à divers spectacles : théâtres, ballets, opéras, concerts. Lorsque la nuit venait, après s’être retirée dans sa chambre, c’est totalement épuisée que Cendrillon se jetait sur son vaste lit et dormait d’une traite jusqu’au matin suivant. Cependant, malgré cette vie que d’autres envieraient et appelleraient dorée Cendrillon s’ennuyait ferme. Elle avait beau faire, la vie au palais et à la cour lui pesait.
Au début, bien évidemment, elle avait été enchantée de sa chance, flattée d’avoir été choisie par le Prince pour devenir sa femme. Touchée de l’affection que chacun lui témoignait, émue par l’amour et la gentillesse du Prince, émerveillée par les richesses qui l’entouraient, Cendrillon se considéra la plus heureuse fille du monde, voire de l’univers tout entier. Son bonheur aurait été total si une petite idée n’était pas venue assombrir ses pensées, tel un grain de sable qui se glisse dans une mécanique et la dérègle. C’est que depuis son mariage, son entrée au Palais et à la cour du Roi, Cendrillon n’avait rien fait ou décidé d’elle-même. Aucune activité n’avait été choisie par elle, aucun travail de quelque nature qu’il fût n’avait été entrepris sous son initiative personnelle. Cela, Cendrillon ne le supportait que difficilement.
Même l’amour de son Prince, les égards avec lesquels il l’entourait, l’affection du Roi et de la Reine ses beaux-parents, ne suffisaient pas à chasser cette morosité qui, insidieusement pesait sur son cœur et la rendait mélancolique. Elle comparait son ancienne existence à sa situation actuelle et elle soupirait tristement.
Parfois, assise au fond d’un confortable fauteuil près de la fenêtre dans son salon privé, Cendrillon rêvait. Que de souvenirs lui revenaient en mémoire !
Elle ne pouvait s’empêcher de songer à l’époque où elle habitait dans la maison paternelle avec ses deux demi-sœurs et leur mère. Là-bas, elle avait toujours tellement à faire ! Elle se souvint qu’elle s’occupait elle-même de la maison de sa marâtre : du ménage, de la cuisine, du jardin et du potager, du poulailler, des travaux divers et variés qui l’accaparaient chaque jour. Il fallait laver le linge, nettoyer, astiquer les casseroles, préparer les repas. La jeune fille devait aider ses sœurs à leur toilette, ranger leurs chambres, faire les courses. Elle réfléchissait aussi aux mille et une petites choses qui constituaient jadis son quotidien. Elle pensait avec nostalgie à l’époque où elle cousait, raccommodait ses pauvres vieux habits, où elle lavait ses cheveux sans se soucier de s’éclabousser un peu, ou elle cueillait des fleurs pour embellir sa mansarde. Elle revoyait les moments agréables où elle s’asseyait près de la cheminée pour se réchauffer les mains et où les cendres venaient se déposer sur ses gros sabots de bois et les rendaient gris au point que ses belles sœurs l’avaient surnommée de ce nom ridicule Cendrillon. (Au début elle détestait qu’on la nomme ainsi, mais petite à petit, elle considéra que ça lui allait bien et désormais, personne ne l’appelait autrement.) Elle n’avait été que le souffre douleur de ses deux demi-sœurs et de sa belle mère. Mais elle avait son libre arbitre et pouvait faire ce que bon lui semblait à ses rares moments de liberté. Avec un pincement au cœur, elle sortait de sa cachette un plumeau apporté en souvenir de son ancienne existence lors de son mariage et le contemplait avec tristesse.
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27.08.2009
Cendrillon et les talons aiguilles (1)

La chaleur atteignait son zénith et une agréable torpeur gagnait les habitants d'un grand mûrier vert et feuillu où, depuis quelque temps, avait élu domicile un vieux, très vieux Bombyx. Midi venait de sonner et à cette heure de la journée tout paraissait silencieux et calme. Profitant de cette quiétude, le vieux Bombyx s'allongea à l'ombre d'une feuille épaisse et grasse s'apprêtant à faire une sieste pour profiter de la tranquillité de l'après-midi.
« Ah ! Que la vie est agréable lorsqu'on n'a aucune contrainte ou obligation excepté le souci de son propre bien-être ! Rien de tel qu'une bonne sieste pour recouvrer ses forces en attendant la fraîcheur de la soirée. Je pleins ceux qui sont obligés de travailler sous cette chaleur excessive ! » Pensa le vieux Bombyx et ferma les yeux avec beaucoup satisfaction.
A peine eut-il le temps de se plonger dans le sommeil qu'un bruit désagréable se perturba le silence le tirant brusquement de sa somnolence. Au début, il ignora cette perturbation intempestive et se contenta de rester immobile. Cependant, le bruit se réitéra. Contrarié, le vieux vers du mûrier se tourna de côté et essaya de se rendormir en vain. A intervalles régulières le bruit persistait. Intrigué, il ouvrit les yeux et se redressa tant bien que mal sur son séant.
« Sapristi ! N'y a-t-il plus moyen de dormir tranquille dans ce mûrier ? » S'indigna notre ami. Qui s'avise de déranger un vieux vers en pleine sieste ? » Il regarda autour de lui, mais ne vit rien de particulier. Un long moment s'écoula.
« Hum ! se dit-il. J'ai peut-être imaginé la chose», et il s'installa encore une fois le plus confortablement possible sous le feuillage. Mais voilà que le bruit reprit s'intensifiant et force fut de se réveiller pour de bon. Il n'avait plus du tout sommeil. Sortant de son abri, le vieux Bombyx scruta l'alentour dressant l'oreille. Il s'avança de quelques pas dans la branche un peu plus loin, tout en cherchant d'où pouvait provenir la cacophonie qui l'empêchait de se reposer quand tout à coup une grosse goutte vint s'écraser sur sa tête.
« Se mettrait-il à pleuvoir sans nuage dans le ciel et par un soleil aussi radieux ? » s'étonna-t-il.
Il leva les yeux. Sur une branche au-dessus de lui, mal caché parmi les feuilles du mûrier, se tenait une minuscule petite chenille qui n'avait pas plus de quelques semaines. Le Bombyx identifia là, la source de ses ennuis.
« Hé ! C'est toi petite qui fais ce raffut et m'empêche de dormir ? N'as-tu rien d'autre à faire que t'empêcher les personnes âgées de trouver un repos justement mérité ? Va donc jouer ailleurs ! » Dit-il courroucé.
La petite chenille ne répliqua rien. Elle se mit à pleurer de plus belle. Ses sanglots étaient à fendre le cœur d'une pierre et notre ami n'était pas de ceux qui restent insensibles à la détresse d'autrui. Adouci devant tant de chagrin, le vieux Bombyx monta sur la branche supérieure et s'assis ses côtés. De sa voix la plus douce et enjouée, il tenta de consoler la petite chenille.
« Allons, allons ! Que se passe-t-il ? Qu'est-ce qui te fait tant pleurer ? Ne veux-tu pas confier à un vieux grand-père ce qui te cause tant de chagrin ? »
- Je... c'est... ma, ma grande... sœur, bredouilla l'enfant. Elle ne veut pas, me... me lire une histoire et elle s'est moqué de moi, parce que je ne sais pas encore...pas lire...
- Ha, ha ! Juste ça !? Bien trop de chagrin pour pas grand' chose. Voyons ! Sèche tes larmes. Moi, je te raconterai une belle histoire si te le désires.
Un grand sourire illumina le visage de la petite chenille qui oublia de pleurer et elle s'écria : « C'est vrai ! ? Vous feriez ça pour moi ?
- Bien sur, mais pour le moment il fait trop chaud pour faire quoi que se soi. Rentre chez toi et dès que l'heure de la sieste sera passée reviens me trouver sous ma grande feuille et je te raconterai autant d'histoires que ton cœur peut désirer.
- Je pourrai venir avec mes amis ?
- Oui. Maintenant rentre chez toi. »
Rassérénée, la petite chenille s'en alla toute réjouie à cette perspective et le vieux Bombyx regagna son abri et se plongea, enfin, dans un court sommeil réparateur. Deux heures plus tard, lorsqu'il se réveilla, il vit arriver la petite chenille accompagnée de sa sœur et de quelques autres enfants-vers du voisinage, enchantés d'écouter une des histoires du plus célèbre conteur du mûrier. Ils s'assirent respectueusement en cercle autour du vieux Bombyx et attendirent qu'il veuille prendre la parole. Flatté, le conteur prit son temps avant de se lancer. Il se racla la gorge.
« D'abord, commença-t-il, je tiens à vous dire que j'ai horreur de l'impertinence. Vous ne devez donc pas m'interrompre à tout venant en posant de questions incongrues. A vous de réfléchir et trouver des réponses satisfaisantes à vos interrogations. Ensuite, vous le savez déjà, tout ce que je vous révèlerai est la stricte vérité vraie. Je l'ai vu de mes propres yeux lorsque j'étais encore jeune et je parcourais le monde. »
Les enfants-vers du mûrier acquiescèrent et le récit débuta.
08:30 Ecrit par Neriel dans Les contes du Bombyx | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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10.07.2009
Terra Incognita (6)
Macadam, asphalte, goudron, bitume...
Le paysage se limite aux nombre des kilomètres que la voiture avale à une vitesse vertigineuse. Malgré ma détermination de ne pas paniquer, je sens une boule au fond de l'estomac. Inconsciemment j'appuie de plus en plus sur l'accélérateur. Par la vitre, je jette un regard sur le décor. Je vais prendre un repère : tiens ! Cet arbre à gauche à quelque distance. Je finirai bien par le dépasser. Une sorte de soulagement m' envahit. Je me mets à rire, d'abord doucement puis de plus en plus fort. A gorge déployée. Je ris de moi-même, de mes craintes stupides. Je fixe l'arbre au loin. Bientôt j'arriverai à sa hauteur, je le dépasserai et le laisserai derrière.
Une chaleur écrasante flotte tout à coup dans l'habitacle de la voiture. Je me penche et augmente la climatisation au maximum. La boule au fond de mon estomac intensifie sa pression. Je sens les gouttes de sueur se former et couler sur mon front, tomber sur mes sourcils. Ma vue se brouille et je cligne des paupières.
L'arbre à ma gauche me nargue à une certaine distance. Toujours la même. Identique. Il est impossible de le dépasser.
Je réfléchis confusément. Que faire ? Continuer de rouler ? S'arrêter ? Faire demi-tour ? L'angoisse qui m'étreint est immense. Si nous poursuivons à cette allure nous risquons d'aggraver notre problème. Quand le jour déclinera, nous seront à court d'essence. Ma montre indique presque deux heures. Normalement, si tout s'était déroulé sans encombre, on serait déjà arrivé !
L'arbre me nargue à bonne distance.
Dans le mutisme qui règne dans la voiture, je sens que Faustine a les mêmes appréhensions que moi. Je n'ose pas lui adresser la parole, de crainte que les enfants nous écoutent. Il faut pourtant que je discute avec elle. Il faut que nous prenions une décision. Tans pis, je me lance.
" Faustine, il faut qu'on parle."
Pas de réponse. Je répète plus fort.
" Il faut qu'on se parle !"
Elle ne bronche pas. Je la secoue violemment.
"Faustine !
- Je t'ai entendu. De quoi veux-tu parler ? Son ton est celui d'une conversation banale.
- Mais, de tout ça !
- Ca ! ?
- Oui, de tout ça.
- Je n'ai pas envie d'en parler.
- Chérie, il le faut.
- Je ne sais pas quoi te dire. Je ne comprends pas ce qui arrive. Je ne veux pas comprendre. Ca dépasse l'entendement. Je dois rêver. C'est un mauvais rêve, un cauchemar.
- Tu sais bien que ce n'est pas un rêve...
- Tais-toi ! Tais-toi ! Je ne veux rien savoir, je ne veux pas entendre. Ne dis plus rien !"
Elle se bouche les oreilles. J'insiste. Faustine s'obstine et le ton monte. Soudain elle explose en sanglots. Les enfants affolés crient à leur tour. Victoire se met, elle aussi à pleurer. Une confusion absolue règne maintenant dans la voiture. Ca devient très difficile de conduire. Je me range sur la bande d'arrêt d'urgence. Je respire profondément.
" Faustine, ma chérie... "
Je tente de la prendre dans mes bras, mais elle me repousse.
"Ne me touche pas !
- Enfin..."
Impuissant à la calmer, je bredouille des excuses confuses. Elle pleure de plus en plus. Je lui tends mon mouchoir qu'elle refuse en sortant ostensiblement le sien de son sac à main. Puis, elle ouvre la portière de la voiture et sort.
" Venez, les enfants ! On s'en va, dit-elle sur un ton qui ne demande pas de réplique.
- Faustine, où vas-tu ? Que vas-tu faire avec les enfants ? Tu n'as pas l'intention de partir en pleine nature !? Tu ne sais pas où nous sommes. Reviens !
- Il est hors de question que je reste une seconde de plus ici avec toi. Je m'en vais, et les enfants viennent avec moi.
- On ne va pas laisser la voiture et partir vers l'inconnu.
- L'inconnu ? Mais nous sommes en plein dedans, mon pauvre Milan. Nous y sommes dans l'inconnu ! Tu n'as qu'à rester si tu veux. Moi, je pars avant que ce ne soit trop tard ! Venez les enfants."
D'un pas déterminé elle s'éloigne vers la glissière, la franchit et tenant fermement nos enfants par la main, s'éloigne dans les champs. Je suis sous le choc. Je l'appelle encore et encore. Secoué, je sors de la voiture à mon tour. Je me mets à courir vers eux en criant leurs prénoms. Pas un seul instant ils ne se retournent. Je vois leurs silhouettes s'amenuiser et disparaître. Je crie, hurle et cours. Je cours vers la glissière par où sont partis ma femme et mes enfants et je pleure à mon tour. Eberlué je regarde autour de moi le paysage baigné dans une lumière grise et sale. Epuisé je tombe au sol et je prends ma tête entre mes mains. Il faut me calmer, raisonner. Faustine est partie. Elle va chercher du secours. Il faut que je retourne à la voiture. Il faut que j'attende. Il le faut si je ne veux pas devenir fou.
Une fois dans la voiture, je récupère ce cahier d'écolier dans les affaires de mes enfants et je me mets à écrire afin de tromper mon attente.
Toute tentative pour rejoindre Faustine et les enfants a été vaine. J'ai couru jusqu'à épuisement. Je n'ai pas avancé d'un mètre ! J'ai essayé à plusieurs reprises. Le résultat a toujours était le même. Je me retrouve prisonnier de cette route qui aurait dû être celle des vacances et du repos. Je m'efforce de ne pas penser à ma faim ou ma soif. J'écris, noircis les pages de mon cahier d'écolier. Et j'attends les secours dans la lumière jaunâtre de ce pays qui me garde prisonnier.
Et, à gauche de la route, à une certaine distance de l'endroit où je me trouve, l'arbre me nargue de loin.
FIN
08:00 Ecrit par Neriel dans Les contes du Bombyx | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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