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Les contes du Bombyx - Page 8

  • La Ville engloutie 23 (Le petit Chaperon II)

    sirène13.jpg

    Non loin de là, pendant que les habitants du grand navire goûtaient aux joies des retrouvailles et sans qu'ils s'en doutent, la Sirène des mers s'évertuait à réparer la faille causée par son imprudence dans le continuum espace-temps.

    La créature marine n'avait pas épargné sa peine. Durant des jours elle interrogea tout être vivant susceptible de l'aider ou lui apporter une solution possible. La Sirène vérifia des centaines d'informations même les plus farfelues, parcourut des kilomètres et des kilomètres dans des endroits inexplorés, rencontra des créatures bizarres et solitaires, écouta des récits incroyables, fouilla les roches et les écueils, traversa des terribles déserts sous marins, escalada des  dizaines  de montagnes volcaniques sans succès. Sa confiance commençait à s'ébranler sérieusement lorsqu'elle parvint enfin, devant une grotte par delà l'Océan glacial du bout du monde.

    C'était la première fois que la Sirène des mers s'avançait si loin de son domaine et la curiosité fut la plus forte.  Elle observa les lieux gris et désolés. Le sol semblait couvert par un amoncellement de cendres ; des roches abruptes jaillissaient des profondeurs telles des lames gigantesques qui déchiraient les fonds marins. Le tout baignait  dans un halo de lumière étrange, iridescente. La Sirène contourna les roches vers l'est. L'entrée de la caverne se distinguait à peine parmi les aspérités et les replis de la roche. Cependant, elle se détachait au milieu des diverses excavations telle une bouche noire et béante, prête à avaler tout ce qui passait à proximité.

    La Sirène des mers s'immobilisa,  scruta le silence qui flottait dans cette désolation horrible. Un frisson lui parcouru l'échine. Son hésitation ne dura qu'un court laps de temps. Prenant son aspiration, elle plongea à travers l'ouverture béante qui l'engloutit sans un bruit. L'obscurité fut totale et la créature se sentit désorientée. Déroutée, elle voulut faire demi tour d'un battement de sa queue puissante, lorsque tout à coup, une substance glaciale et visqueuse s'enroula autour de son avant bras, l'attirant vers les profondeurs de la caverne. Surprise, la Sirène se débattit mais la substance affermit son étreinte d'acier. Une lutte muette s'engagea. Affolée, la Sirène des mers porta sa main libre vers son cou où pendait sa chaîne au bout de laquelle se trouvait son poignard. Elle saisit le manche et tira pour le faire glisser de son fourreau, mais son geste brusque brisa la chaîne qui glissa lentement vers le sol. Malgré cela, la Sirène des mers tint fermement le poignard dans la paume de sa main. Précipitamment, en tenant toujours le manche solidement, elle porta le fourreau entre se dents, et tira pour libérer la lame. Avec l'énergie que lui conférait la panique, la Sirène des mers planta le poignard à plusieurs reprises,  de toutes ses forces, dans l'étau visqueux qui la maintenait prisonnière. Elle sentit que l'emprise se relâchait légèrement et s'efforça de dégager son bras. Le souffle court, elle se prépara à une nouvelle offensive. Levant le poignard pour frapper  une ultime fois avant de s'enfuir et regagner la sortie, la Sirène des mers sentit sur son visage un liquide épais et froid. Par reflèxe, malgré la nuit qui régnait dans la caverne, elle leva la tête pour identifier le liquide qui l'aspergeait. Cela fut une erreur fatale ! Le tentacule s'enroula autour de la taille de la Sirène des mers et elle devina plus qu'elle ne sentit une bouche monstrueuse se refermer autour de sa tête. Nul n'entendit son cri d'horreur lorsque son joli cou se brisa  entra les dents abominables  de  la entité innommable des la caverne du bout du monde.

    Au même moment, un vent violent se leva sur l'océan, formant  d'énormes vagues qui enflèrent  et se déchaînèrent sur les côtes. Des tourbillons meurtriers emportèrent au fond des eaux des dizaines des barques qui n'étaient pas à l'abri. A minuit, dans un vacarme épouvantable,  la ville de Ker Ys dans la baie de Douarnenez, sombra dans la mer corps et biens.

  • La Ville engloutie 22 (Le petit Chaperon II)

    klimt.jpgPendant que la Sirène des mers cherchait une solution pour fermer la faille qu'elle avait ouverte dans le continuum espace-temps afin de vaincre ses ennemis, Phyllis et le Hollandais volant préparaient la venue de la maman du petit Chaperon rouge. On lui prépara pour l'accueillir, une cabine contiguë à celle de Phyllis et d'Océane que l'on égaya avec un joli bouquet de fleurs. On nettoya le pont et la salle commune, rapiéça les voiles, briqua les cuivres et tout était fin prêt pour la recevoir. Elle devait arriver par avion, après plusieurs heures de vol et Phyllis ne voulait sous aucun prétexte rater le moment de l'atterrissage. Elle pressait tout le monde de se dépêcher, allait de l'un à l'autre pour s'assurer qu'ils avaient tout était en ordre et finissait par fatiguer Océane et Platon par ses bavardages et ses commentaires.

    - Pour l'amour du ciel, Phyllis ! Arrête de tourner en rond comme une toupie, tu me donnes mal à la tête ! la pria Océane. Je comprends bien ton impatience, mais ta maman ne sera pas là avant des heures. Il est inutile de s'exciter comme ça !

    - Océane a raison, renchérit Platon l'agneau. Ce n'est pas parce que tu t'agite que le temps passera plus vite !

    - Il ne s'agit pas de ça, mes amis !  Maman voyage en avion !

    - Tu ne voudrais pas qu'elle vienne de si loin à pieds ? Évidemment qu'elle voyage en avion !

    - Vous ne comprenez pas ! En avion, vous dis-je !

    Platon et Océane regardèrent Phyllis avec un air interrogatif. Ils ne voyaient pas où elle voulait en venir.

    - Qui dit avion, dit aviateur ! Vous voyez ?

    - Mais oui ! s'exclama Océane tout excitée. Platon, ton aviateur !

    - Oh ! Vous pensez vraiment qu'il s'agirait de l'aviateur et du petit Prince ?

    - Du moins c'est un bon début, non ! Jusqu'à présent nous n'avions aucune précision sur le sujet alors que maintenant, nous aurons une piste.

    ***

    Trépignant d'impatience, Phyllis chercha dans la foule des passagers qui débarquait à l'aéroport d'Amsterdam, sa maman.  Elle s'était faufilée au premier rang parmi les visiteurs, derrières les barrières de sécurité. Elle craignait de la manquer. Lorsqu'enfin la  silhouette élégante d'une femme habillée de rouge apparut après un groupe de touristes aux casquettes jaunes, le petit chaperon rouge fit des grands signes de la main.

    - Ici ! Ici !

    Un large sourire éclaira le visage de la femme et elle fit un signe de la main en retour. Après avoir récupéré ses bagages et terminé les formalités de la douane, la mère de Phyllis ouvrit les deux bras. Sans attendre, l'enfant se réfugia en courant dans  l'étreinte chaleureuse de sa mère. Toutes les deux étaient très émues et la maman de Phyllis essaya discrètement quelques larmes. Les premières effusions passées, le petit Chaperon rouge prit sa mère par la main.

    - Maman, chérie, viens !  Je vais te présenter à mes amis ! dit-elle tout heureuse.

    Sans perdre un instant, elle  la conduisit vers l'endroit où se tenaient le Hollandais, Océane et Platon, le Cracheur de feu et le Pêcheur.

    - Capitaine, je vous présente ma maman !

    Le Hollandais serra la main de la femme mais avant de partir pour retourner sur le vaisseau, il la retint quelques instants en arrière.

    - Je ne veux pas paraître impoli, commença-t-il. Mais, l'expérience m'ayant enseigné la prudence, je vais être certain que vous êtes bien la mère de Phyllis.

    La maman sourit en hochant la tête.

    - Je comprends votre méfiance. Tenez, répondit-elle en tirant de son sac à main un paquet de lettres où l'on distinguait l'écriture  soignée et enfantine de Phyllis. Après avoir lu toutes les péripéties que Phyllis a traverséés à vos côtés, je ne peux qu'approuver votre demande.

    Le Capitaine examina le paquet  de lettres et, rassuré, le lui rendit.

    - Merci beaucoup, Madame.

    - Je vous en prie, Capitaine ! Laissons les formalités. Appelez-moi par mon prénom : Iris. Après le départ insensé de Phyllis j'ai passé des moments terribles à craindre pour elle. Apprendre dans ses lettres ce que vous avez fait pour mon enfant et les soins que vous lui avez prodigués , nous rapproche.

    Elle lui sourit.  Ils rejoignirent les autres et regagnèrent tous ensemble le vaisseau du Hollandais, amarré dans le port. Le Capitaine fit visiter le navire à la mère de Phyllis et après le déjeuner, Iris se retira dans sa cabine pour se reposer après le voyage et le décalage horaire.

  • La Ville engloutie 21 (Le petit Chaperon II)

    Amsterdam.jpg Un mouvement de protestation gagna petit à petit l'auditoire. Assis parmi les branches feuillues du mûrier, les enfants-vers commençaient à s'agiter.  Ils n'étaient pas contents des allures que prenait cette aventure. Quelques uns se mirent à chuchoter sur un ton confidentiel à leurs voisins,  en prenant cependant garde que le vieux Bombyx ne les entendît pas.

    "Je parie que l'histoire se termine bientôt !

    - Tout à fait d'accord ! Si la maman du petit Chaperon rouge arrive, c'est que c'est fini !

    - Pas du tout, l'interrompit un autre. Qu'est-elle devenue la Sirène des mers ? Il faut bien qu'elle soit quelque part, celle-là !

    - Vous voulez mon avis ? intervint un troisième. Grand'père Bombyx a complétement oublié ce qu'il était en train de raconter !  Il est vieux et il s'embrouille. Vous vous souvenez de la Gorgone ? Où est-elle  maintenant ?  Si j'étais à sa place j'aurais voulu me venger  ! Est-ce que je laisserais la Sirène s'en sortir comme si rien ne s'était passé ? D'autant plus qu'elle est  borgne à présent !

    - Tu as raison. Quelque chose ne va pas bien dans cette histoire !"

    Sur le coup, le vieux Bombyx ne prêta pas attention aux enfants et s'aprêtait à continuer son récit. Mais quand les murmures et les chuchotements gagnèrent toute l'assistance il voulut connaître la raison de toute cette agitation. Le plus âgé qui était aussi le plus téméraire des enfants-vers du mûrier entreprit d'expliquer ce qui tracasser l'auditoire.

    " Grand'père, nous aimons beaucoup les aventures du petit Chaperon rouge, mais il nous semble que tu as oublié des étapes.

    - Comment oublié des étapes ! ? s'indigna le Bombyx.

    - Eh, bien... hésita l'enfant-vers qui avait pris la parole au nom de ses camarades.  Tu nous dis que la maman de Phyllis va arriver bientôt la trouver, ce qui veux dire que l'histoire va se terminer.

    - Il faut bien que l'histoire se termine un moment ou un autre, concéda le vieux Bombyx.

    - Oui, mais il y a des choses que nous voulons savoir avant  !

    - Comme quoi, par exemple ?

    -  Qu'est-ce qui est devenue la Sirène des mer ? Est-ce que la Gorgone va la retrouver ? Est-ce qu'elle va attaquer à nouveau les personnages ? 

    - Oui, oui ! Nous voulons savoir, s'écrièrent les autres.

    - Bon, d'accord. J'allais vous le raconter de toute façon. Puisque vous insistez, écoutez.

    L'affrontement de la Gorgone et de la Sirène des mers, avait épuisé cette dernière. Elle était allée se réfugier au plus profond des cavernes marines en haute-mer. Elle avait beau tourné et retourné les événements dans sa tête, elle ne comprenait pas comment la Gorgone avait échappé à son destin ou comment le Hollandais volant était parvenu à solliciter et à obtenir son aide. Quelque chose la tracassait. Pour avoir le coeur net, la Sirène des mers alla consulté un devin. C'était un vieux Triton,  mage  extrèmement puissant, capable de lire le passé, le présent et l'avenir. Le devin écouta la requête de la Sirène et demanda un délais afin de consulter ses grimoires et les signes  apocryphes susceptibles de lui révéler la vérité. Quelque temps plus tard, la Sirène des mers retourna chez le Triton pour connaître le verdict.

    - Les signes ont parlé, commença le devin. Lorsque tu as voulu perdre le vaisseau du Hollandais avec ses passagers, tu as crée une faille dans le continuum espace-temps. Une sorte de couloir où des êtres et des créatures peuvent circuler d'un monde à un autre.  Dans ce couloir spatio-temporel, se trouvaient enfermés les habitants de Ker Ys, la cité engloutie. Autrement dit, l'Atlantide. Cette faille permit à la Gorgone de surgir des entrailles de la terre où Persée l'avait enfermée. En cherchant de l'aide pour réparer son vaisseau, le Hollandais pénétra dans la faille et échoua sur Is. Il rencontra la Gorgone. En apprenant qui était son énnemi, elle lui  accorda son aide et lui prodigua des conseils. Tu étais trop occupée d'achever ta vengeance pour comprendre que le Hollandais bénéficiait des puissants appuis contre toi !

    - Comment a-t-il pu en réchapper à son regard pétrifiant ? demanda la Sirène des mers.

    - Sa condamnation lui épargne de mourir.

    - Prétends-tu qu'il est invulnérable ?

    - Loin de là ! Il est aussi vulnérable que n'importe quel mortel. Seulement, rien ne peut l'atteindre dans la faille car  c'est un univers auquel il n'y appartient pas !

    - Mais, alors...

    - Pour vaincre le Hollandais, tu dois refermer la brêche  que tes incantations ont ouvert. A toi de trouver le moyen d'accomplir cette tâche, Sirène ! conclut le mage.

    La Sirène compris qu'elle devait s'occuper de la faille dans le continuum espace-temps avant de pouvoir ressurgir et battre définitivement le Capitaine. Pendant qu'elle cherchait comment procéder, Phyllis et tous ses amis, pouvaient dormir tranquilles.

     

  • La Ville engloutie 20 (Le petit Chaperon II)

    Capitaine5.jpg-  Nos  décisions ou nos actes ne dépendent pas toujours de nos désirs, malheureusement ! Les événéments et les circonstances de la vie font que nous devons parfois opter pour une solution plutôt qu'une autre ; si c'est à contre-coeur,  nous le faisons en souhaitant le meilleur pour ceux que l'on aime. Je m'en voudrais de te faire de la peine, Phyllis. Mais, malgré mon désir de vous accompagner dans votre tournée en Europe, je ne le peux. Ne serait-ce que par égard pour mon équipage qui a besoin de moi.

    La réponse du Hollandais volant attrista Phyllis. De retour sur le navire pour la nuit, elle se plongea dans une profonde réflexion. Durant ces quelques mois qu'ils avaient passé ensemble,  la petite fille s'était habituée à la présence du Capitaine à ses côtés. Elle aimait converser avec lui les soirs accoudée au bastingage du navire. Elle appréciait  ses plaisanteries tout en gentillesse ou  ses conseils avisés. Cet homme cultivé lui avait appris beaucoup de choses en peu de temps.  A aucun moment il ne manifesta de l'impatience ou de l'exaspération lorsqu'elle lui posait des questions. Il prenait le temps de lui expliquer mille choses, jouer avec elle, répondre à ses interrogations. Petit à petit, elle comprenait à l'expression de son visage, aux rides de son front,  ses sentiments ou les pensées qui l'habitaient.  Tout compte fait, le Capitaine représentait l'image du père que Phyllis n'avait pas connu.  Soudain, le petit Chaperon rouge trouva que la découverte du continent européen n'avait plus les mêmes attraits qu'auparavant. Elle  ne voulait, ne pourrait quitter le Capitaine.

    Le lendemain, Phyllis fit part de ses réflexions à Océane et  à Platon.

    - Tu avais raison, Océane. nous devrions changer nos projets. Et pour cela, il faut en discuter avec le Cracheur de feu.

    Le Cracheur de feu écouta attentivement les deux fillettes exposer leur point de vue.

    - Ne le prend pas mal, cher Cracheur de feu !

    - Je comprends parfaitement, répondit ce dernier. Moi-même je suis très attaché au Capitaine chez qui j'ai trouvé un ami véritable. Pourquoi ne pas rester encore quelque temps avec lui  ? Rien ne presse ! Voyager en mer n'est pas désagréable.  Nous pourrions visiter plusieurs endroits ! Nous présenterons notre spéctacle chaque fois que nous ferons une escale !

    Phyllis fut enchantée de cette décision. Tout irait pour le mieux, elle en était convaincue. Son optimisme naturel reprit le dessus.  La seule ombre à son bonheur de petite fille était l'éloignement de sa maman ; mais s'ils décidaient de rester un long moment à Amsterdam, elle pourrait prévenir sa maman afin qu'elle les réjoignît !

    Sans perdre un instant, Phyllis raconta au Capitaine leurs nouveaux projets et fit satisfaite de constater qu'il ne soulevait pas d'objections. Avec son accord, elle s'enferma dans sa cabine pour écrire une longue lettre à sa mère. Quand elle termina, elle fit lire la missive au Capitaine qui ajouta de sa belle écriture une invitation personnelle  à la mère de Phyllis, de les rejoindre au plus tôt à Amsterdam où le vaisseau resterait  amaré jusqu'à son arrivée. Puis, il se chargea lui-même de poster la lettre avant qu'ils ne quittent  le Danemark. Et comme le temps s'y prétait, on profita pour découvrir les beautés du pays avant de reprendre la route. Les journées qui suivirent furent chargées en émotions , en rencontres et en souvenirs. Une semaine s'écoula. Cependant, Phyllis s'impatientait. Elle voulait regagner la Hollande afin d'être plus proche du lieu de rencontre avec sa mère. Elle fit la requête au Capitaine qui sourit avec l'indulgeance de l'adulte face à un enfant.

    C'est ainsi, sous ces belles perspectives de lendemain que le grand navire du Hollandais volant avec à son bord une joyeuse compagnie, mit les voiles et arriva à Amsterdam.