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Le Défilé de File la Laine - Page 64

  • Le petit Chaperon rouge (26)

    4.jpgBouleversés, le Capitaine du vaisseau, le Cracheur de feu et le Pêcheur, éloignèrent Platon et Océane de la cabine du loup, et sécurisèrent l'entrée pour que l'animal ne puisse pas s'échapper. Un homme de l'équipage fut chargé  de monter la garde devant la porte. Puis, nos compagnons s'enfermèrent dans la salle commune pour réflechir à l'attitude à tenir.

    - Le loup ne semble pas agréssif, comença le Cracheur de feu. A mon avis, un maléfice a transformé Phyllis en animal sauvage. Il faudrait trouver le moyen de lui rendre son apparence de petite fille. Sans elle, rien n'est pareil.

    - Il est primordial de connaître comment cette métamorphose s'est produite pour trouver un remède.   Qui avait intérêt à faire disparaître Phyllis ? Qui essaye depuis un bon moment déjà de nuire au vaisseau et à son équipage ? Il m'est d'avis que nous connaissons cette créature, ajouta le Capitaine. C'est la même personne qui a tenté de saboter le navire ! La même qui a essayé de faire enlever Phyllis afin d'accomplir son oeuvre dévastateur !

    A ses mots, tous se regardèrent entre eux, puis ils fixèrent le Pêcheur. Ce dernier se leva d'un bond.

    - Vous pensez que la Sirène est responsable de la transformation de Phyllis en loup  !? Comment elle s'y serait prise pour cela ? Il faut une puissante incantation pour y parvenir, une force magique importante !

    - Peu importe les moyens. L'essentiel c'est que Phyllis n'est plus une petite fille mais une bête sauvage. Il faut trouver quelqu'un susceptible de nous aider. Il faudrait appeler la Sirène, discuter avec elle, lui proposer sa collaboration. Je pense que la seule la personne qui peut se charger de ce travail, c'est vous.

    - Je ne saurais quoi faire, quoi dire, protesta le Pêcheur. Rien ne garantit qu'elle viendrait si je l'appelle, et je ne suis pas sûr qu'elle voudrait discuter avec moi ! Il est préférable ce soit vous, Capitaine qui engagiez les pourparlers avec elle.

    - Il est possible que vous ayez raison : vous êtes impressionnable et vous risquez de tomber à nouveau sous le charme  dévastateur de la Sirène,  en oubliant  pourquoi nous la faisons venir. D'abord, vous allons l'appeler ; vous êtes le seul à savoir comment procéder. Ensuite, une fois la Sirène arrivée, je vais négocier avec elle. Il faudra nous prémunir contre ses sortilèges, éviter de la regarder en face, garder le regard baissé. Si elle nous propose un marché, le refuser sans hésitation. C'est à nous de poser nos conditions. Il faut rester prudents ! On ne peut tromper facilement un être aussi ancien que la Sirène. Cependant, j'ai une idée pour nous protéger tous contre la séduction de la Sirène. Cracheur de feu, j'aurais besoin de ton art pyrotéchnique !

    Sans tarder, le Capitaine expliqua au cracheur de feu ce qu'il attendait de lui. On s'activa tous pendant  une heure environ. La tempête s'était éloignée et la nuit devint calme. L'aube était encore loin, mais le Capitaine craignait que l'aurore ne les surprît avant d'avoir terminer les préparatifs. Enfin, ils furent prêts.   Autour du grand mât, le Cracheur de feu avait placé un cercle qu'il devait alimenté de feu lorsque la Sirène apparaîtrait ; Le Capitaine et le Pêcheur seraient à l'intérieur du cercle incandéscent. La lueur des flammes empêcherait les deux hommes de voir au delà du cercle le visage de la Sirène. Quant à la créature marine, elle ne s'aventurerait pas à s'approcher des flammes.

    Les deux hommes prirent place à l'intérieur du cercle, et le Pêcheur parla dans une langue inconnue. Sur le coup, rien ne se produisit. Il réitéra sa demande dans la langue étrange. Soudain, on entendit un bruit de vagues déferlant sur la coque du navire et un éclaire verdâtre brilla dans l'océan et les eaux se fendirent en deux. Du fond des profondeurs, surgit une tornade de cheveux dorés, un visage d'une beauté sublime, un corps parfait, et le visage de la Sirène s'immobilisa à quelques centimètres du cercle ardent.

    - Qui trouble mon repos ? tonna la voix mélodieuse et ensorcelante de la Sirène ?

    Son regard ne pouvait voir au delà   du cercle de feu qui entourait les deux hommes. La chaleur lui brûlait désagréablement la peau et elle récula.

    - Je suis le Capitaine de ce vaisseau, ô Sirène ! Je vous ai appelé pour vous proposer un accord.

    - Mon temps est précieux et un accord avec un pauvre mortel ne m'intéresse pas !

    Elle fit mine de plonger dans les flots, mais la voix du Capitaine la rappela.

    - Rendez à Phyllis son apparence humaine, sinon je jure que je dévoilerai votre nom aux quatre vents, d'Est en Ouest, du Nord au Sud !

    Contrariée, la Sirène tenta encore une fois de voir l'homme qui lui parlait.

    - Comment peux-tu savoir mon nom ? Je ne te l'ai jamais dit !

    - Vous, non ! mais je le sais. Et si vous ne me dites pas comment Phyllis retrouvera son apparence humaine, je le ferais connaître dans  tous les ports, dans toutes les mers et les océans ! Votre magie est puissante, mais la magie qui me retient prisonnier avec mon équipage sur ce  Vaisseau est encore plus puissante. Vous ne trouverez jamais plus le repos si vous refusez de faire ce que je vous demande.

    La Sirène bâtit en retraite. Le Capitaine volant semblait sérieux. Ce Hollandais maudit avait le pouvoir de crier son nom aux vents qui le transporteraient aux quatre coins du globe. Le silence s'éternisa. Enfin, la créature prit sa décision.

    - Je vous dirais comment rendre à l'enfant son aspect primitif, si vous me donnez en échange le Pêcheur que vous avez sauvé de la noyade. Je vous laisse vingt-quatre heures. Demain, à la même heure, je reviendrai récuperer mon dû. Sinon, la petite fille restera à jamais une bête sauvage !

    Sans d'autres mots,  enveloppée dans une lumière verte, la Sirène plongea au plus profond de l'océan et disparut.

     

     

     

  • Le petit Chaperon voit rouge (25)

    2.jpgLe Bombyx qui racontait l'histoire fit une petite pose et regarda autour de lui les vers-enfants du mûrier. Tous étaient cloués sur place par l'horreur et la  consternation.

    - Où est le petit Chaperon rouge ? demandèrent les vers-enfants au conteur. Que fait ce loup au milieu de la cabine des filles ? Est-ce que ce loup est dangereux ?

    - Vous avez raison de poser toutes ces questions, poursuivit le Bombyx. Ce sont les interrogations que chaque personne à bord du navire s'est posé ! Il est vrai que cet animal surgit de nulle part. Mais si vous réfléchissez, vous pouvez comprendre ce qui s'est passé.

    - Je sais ! s'écria un d'eux. Le loup c'est Phyllis ! Elle a été changée en loup !

    - Le mot exact est "métamorphosée", précisa le Vieux Bombyx. Une métamorphose s'opère lorsqu' un être se transforme à une créature qui, à priori, n'a rien à voir avec lui.

    - Oh ! Va-t-elle rester un loup ? Que vont faire ses amis pour l'aider ?

    - Patience ! Écoutez plus tôt.

    A la vue du loup, le Capitaine récula d'un pas et les marins poussèrent des cris affolés. L'animal ne bougea pas d'un pouce et ne sembla pas effrayé de voir la porte de la cabine  brisée. Il regarda autour de lui et ouvrit sa gueule comme s'il voulait communiquer avec l'assistance. Au lieu de paroles, une série de grognements s'échappa de sa gorge.

    " Que m'arrive-t-il ? pensa Phyllis. Je ne peux plus parler ! "

    Elle voulu mettre la main à la gorge et vit avec consternation que ses doigts étaient remplacés par des griffes.

    " Mon Dieu ! je ne suis plus une petite fille ! J'ai une fourrure à la place de la peau, je grogne au lieu de parler, je me tiens à quatre pattes  et le plus terrible, je ne peux pas communiquer avec mes amis. Océane pense que je vais la manger et Platon ne voudra plus m'approcher. Comment puis-je me faire comprendre ?


  • Le petit Chaperon voit Rouge (24)

    loup_dent.jpg

    Le coeur lourd, l'équipage et son Capitaine virent s'éloigner les côtes. Comme un écho à leur tristesse, l'atmosphère autour d'eux se chargea d'éléctricité. Le ciel s'assombrit, l'orage gronda et l'océan s'agita furieusement sous les impulsions des vents. L'immense navire tanguait dangereusement.  Ses voiles déployés, battaient telles les ailes d'un oiseau bléssé. Chacun regagna son poste et le Capitaine s'enferma dans sa cabine. Dans la salle commune, Phyllis et Océane tentaient de consoler Platon l'agneau que les coups de tonnerre terrifiait. Le Cracheur de feu se mit à raconter des plaisantes histoires pour détendre ses compagnons, sans succès.  Ne sachant quoi faire, il proposa au Pêcheur de faire une partie de dames et les deux hommes se plongèrent dans leur jeu. Les heures s'écoulaient lentement. On n'entendait que les rafales du vent dans les voiles. De temps à autre, des éclats de voix  retentissaient dans le vacarme des éléments déchainés par  la tempête. Minuit sonna. Les convives décidèrent de regagner leur cabine pour prendre un peu de repos. Ils se souhaitèrent une bonne nuit et se séparèrent, les hommes d'un côté, les fillettes et l'agneau de l'autre.

    Après avoir installé confortablement Platon, Phyllis et Océane se préparaient pour se coucher. Tout à coup, Océane contempla stupéfaite son amie.

    - Phylis...

    Elle ne put rien dire de plus. Sa voix  s'étrangla dans sa gorge. Pétrifiée, Océane fixait  l'endroit où quelques instants auparavant ,  s'était tenue son amie. Incrédule, elle ferma ses paupières pour chasser l'horrible  vision.  La fatigue et son imagination survoltée lui jouaient des tours.  Impossible ! Cela ne pouvait être !  Elle compta jusqu'à dix et rouvrit les yeux. Non, elle ne rêvait pas ! Océane ouvrit la bouche et poussa un hurlement déchirant avant de perdre connaissance.

    Au hurlement que poussa Océane, le Cracheur de feu et le Pêcheur sautèrent de leur couchette et se précipitèrent dans le couloir. D'autres marins qui prenaient un peu de repos se ruèrent vers l'endroit d'où provenait le hurlement. On tambourina sur le volet mais résultat. En très peu de temps, le navire fut sens dessous-dessus. Un homme courut prévenir le Capitaine qui arriva pieds nus, une hâche à la main.

    - Phyllis, Océane ! Ouvrez ! Que se passe-t-il ? Ouvrez cette porte !

    Sans plus attendre, le Capitaine abattit la hâche. Le panneau de bois vola en éclats et ils  se precipitèrent  à l'intérieur de la pièce.  Ce qu'ils découvrirent les paralysa de frayeur. Océane gisait évanouie au sol, Platon se terrait sous la couchette et au milieu de la pièce, tous crocs dehors, se tenait un énorme loup au pelage argenté.

  • Le Petit Chaperon voit rouge (23)

    Murier.jpgPerchés dans les branches du mûrier, les enfants-vers écoutaient fascinés le vieux Bombyx raconter l'histoire de Phyllis le petit Chaperon rouge quand à ce point de l'aventure, un tout petit vers, interrompit le conteur.

    - Grand père, dit-il. Il me sembble que je connais cette histoire ! J'ai vu un film il n'y a pas si longtemps, avec un hobbit qui transportait un anneau autour du cou. Ce ne serait pas celui là ?

    Les autres enfants-vers, se mirent tous à crier qu'eux aussi avaient vu le film en question et ils se souvenaient du gentil petit hobbit et de ses aventures.

    - Pas si vite ! les interrompit le vieux Bombyx.  Sauf le respect que j'ai pour lui, tous les anneaux ne sont pas celui deTolkien ! Je connais bien l'histoire de ce hobbit. Il vivait dans des lointaines contrées lorsque le magicien Gandalf le chargea de faire détruire l'anneau. Mais notre histoire n'a rien à voir avec celle du hobbit. Si vous me laissiez poursuivre vous le sauriez.

    Les petits enfants-vers du mûrier se turent et le Bombyx reprit son récit un peu contrarié car il n'aimait pas être interrompu.

    Le lendemain matin, Phyllis se réveilla de bonne heure et se mit à écrire une longue lettre à sa maman qu'elle avait négligé à cause des événéments. Dans sa lettre, elle évita de trop l'inquiéter mais elle lui raconta sa rencontre avec l'étrange individu enturbané que le Capitaine avait enfermé dans une des cabines sur le pont inférieur.

    - J'aimerai connaître cet homme, pensa-t-elle. Peut-être qu'il a un talent particulier, et il pourrait faire partie de notre troupe.

    Sans plus attendre, le petit Chaperon se dirigea vers la cabine de l'inconnu et frappa doucement à sa porte avant d'entrer. Une fois à l'intérieur, elle constata que la cabine  était vide. L'individu n'y était pas.

    - Il est probablement avec le Capitaine et le Cracheur de feu, se dit-elle.

    Elle s'aprêtait à ressortir lorsque son regard surprit sur le sol, à moitié caché sous la couchette, un papier froissé. Elle le récupéra et lissa la feuille. Elle put lire avec surprise le message suivant : "prends le miroir".

    - Le miroir ? Est-ce que l'individu veut me voler le miroir enchanté ? se demanda Phyllis. Il faut vite que je vérifie.

    Elle retourna dans sa cabine, chercha dans ses affaires mais ne trouva rien. Etonnée, elle alla chez le Cracheur de feu, mais son ami lui certifia qu'il n'avait pas vu le miroir depuis qu'ils l'avaient utilisé pour la sécourir. Chez le Capitaine le scénario fut le même. Partout où l'on chercha, le miroir enchanté fut introuvable.

    - C'est le ravisseur qui me l'a volé ! dit Phyllis au Capitaine. Maintenant je ne pourrais plus voir ma maman !

    - Nous l'avons probablement oublié dans la maison où tu étais retenue prisonnière, la consola le Capitaine. J'irai le chercher moi-même. Reste ici. Je   reviendrai dans moins d'une heure. Pendant mon absence, deux hommes iront à la recherche du ravisseur. Nous avons négligé de l'attacher solidement et il a pu s'enfuir.

    Quelque temps plus tard, le Capitaine revint bredouille. Il fallait admettre, au grand désarroi de Phyllis,  que le ravisseur avait volé le miroir enchanté.

    Les heures passèrent lentement. Phyllis et Océane s'enfermèrent dans leur cabine en attendant que le Capitaine et ses hommes trouvent le voleur. Les deux fillettes étaient pérsuadées que désormais elles ne verraient plus l'objet magique. Mais c'était sans compter sur l'éfficacité des marins. Car dans l'après midi, une des hommes de l'équipage, monta à bord, traînant devant lui le coupable.

    - Je vous demande pardon ! se lamentait l'homme. Je ne savais pas à quoi il pouvait servir ce miroir. Ça faisait partie de mon contrat !

    - Tais-toi, brigand ! cria le Capitaine. Nous te livrerons aux autorités. L'enlèvement est un crime. S'en est fait de toi !

    Sans autre forme de procès, l'individu ligoté fut conduit au commissariat par deux hommes.

    - Il est dangereux de rester plus longtemps dans ce port, dit le Capitaine à ses amis. Il faut reprendre la mer et poursuivre notre route vers l'Europe. La Sirène est devenue notre énnemi. Il serait imprudent de rester plus longtemps à cet endroit. Au coucher du soleil, nous mettrons les voiles.

    C'est ainsi que l'équipage, vit s'éloigner les côtes baignées dans les lumières chaudes du coucher. Une tristesse assombrissait les visages des hommes, car ils ne savaient pas s'ils allaient retoucher terre de sitôt ; ils ne pouvaient dire si la malédiction qui les retenait prisonniers entre ciel et eaux serait levée à nouveau. Ils agitèrent la main vers un spectateur invisible restèrent à contempler la ville jusqu'à ce qu'elle s'efface dans les brumes du soir.