Le Défilé de File la Laine - Page 52
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Restaurant du Temps Présent
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La Ville engloutie 25 (Le petit Chaperon II)
Un vent froid qui glaçait les os s'était mis à souffler depuis quelques heures et le grand navire amaré au port se balançait sur ses attaches poussant des grincements abominables. Dans leur cabine, Phyllis le petit Chaperon rouge et sa maman, n'arrivaient pas à dormir. Elles décidèrent de sortir sur le pont, car il leur sembla que l'atmosphère était confinée à l'intérieur.- Ne réveillons pas Océane, murmura Iris à sa fille. Laissons-la se reposer. La disparition du Pêcheur a éprouvé ses nerfs. Elle est encore jeune et elle se remettra très vite. Cependant, le sommeil lui fait du bien. Allons !
Quelque temps plus tard, tenant une tasse de chocolat chaud, elles s'installèrent dans la pièce commune du navire où Iris proposa de lire une histoire au petit Chaperon rouge. Assises toutes les deux, dans le sofa, elles se plongèrent dans Les Aventures de Peter Pan. A peine quelques pages lues, que Phyllis interrompit la lecture.
- Tu as entendu, maman ? Chuchota-t-elle effrayée.
- Quoi donc ?
- On dirait des pas provenant au dessus de nous.
- C'est peut-être l'homme du quart qui fait sa ronde, la rassura sa mère. Continuons, veux-tu ?
A peine elle reprit sa lecture, que Phyllis sursauta une nouvelle fois.
- Écoute, maman !
La maman du petit Chaperon tendit l'oreille et perçut un léger frottement comme si quelqu'un se déplaçait avec précaution sur le pont.
- Allons voir qui peut-ce être ! proposa Phyllis.
- Je ne crois pas que cela soit une bonne idée. Il y a trop de vent et la température est basse. Tu risque t'attraper froid et tomber malade.
- S'il te plaît, maman chérie !
- S tu insistes, allons trouver le Capitaine.
Arrivées devant la porte du Capitaine, Iris frappa légérement sur le volet et la porte s'ouvrit immédiatement. La silhouette massive du Hollandais volant se dessina à l'embrasure.
- Excusez-nous Capitaine de vous réveiller si tard, mais Phyllis a cru entendre quelqu'un se déplacer furtivement sur le pont. J'ai préféré vous en avertir plutôt que de nous lancer à la recherche d'hypothétiques intrus par ce froid glacial. Nous n'arrivions pas à dormir et j'ai pensé qu'une boisson chaude et une bonne lecture nous aideraient.
Le Capitaine s'écarta du seuil et invita d'un geste Phyllis et sa mère à entrer dans sa cabine. Le petit Chaperon était venue à plusieurs reprises mais dès qu'elle fut à l'intérieur elle regarda étonnée autour d'elle.
- Capitaine, qu'est il arrivé à votre cabine ? s'écria-t-elle. On dirait... Je veux dire, où sont vos affaires ?
En effet, à part sa couchette, tout le reste de l'ameublement avait disparu. Plus de table de travail, aucun instrument de navigation, pas le moindre petit papier.
- Allons dans la salle commune, suggéra le Hollandais. Nous pourrons discuter plus tranquillement. dit-il en refermant la porte de sa cabine et en accompagnant Phyllis et sa mère vers la salle commune.
Fille et mère s'assirent et le Capitaine les pria d'attendre son retour. Peu après, il revenait accompagné du Cracheur de feu. Puis, il alluma deux lampes à pétrole supplémentaires malgré le fait que la pièce fût déjà suffisamment éclairée. Il s'assit face à ses hôtes et pour la première fois, Phyllis constata que le Hollandais était d'une blâncheur inhabituelle. Les traits de son visage étaient tirés, et sous les yeux apparaissaient des cernes bleuâtres. Se penchant vers sa maman, le petit Chaperon lui signala la pâleur du Capitaine.
- La mort prématurée du Pêcheur nous a tous afféctés, commença le Hollandais volant. Il est vrai que nous nous sommes tous attachés à cette homme généreux, courageux et fidèle. Néanmoins, malgré le chagrin et la tristesse que nous éprouvons, nous devons accepter cette disparition comme un élément de la vie. En général, nous autres marins, avons l'habitude de côtoyer la mort puisqu'elle fait partie de notre lot quotidien. Cependant, depuis la disparition du Pêcheur, un certain nombreux d'incidents qui me touchent de près, sont survenus et il est venu le moment de vous en parler.
Le ton du Capitaine était sérieux et solennel et chacun resentit la gravité de la situation. Phyllis se demanda ce que tout ce discours signifiait mais n'osa pas poser de questions. Iris, prit la main de sa fille et la serra très fort. Le Cracheur de feu, bougea sur son siège comme s'il était inconfortable. Le Hollandais les regarda l'un après l'autre avant de poursuivre.
- Lorsque j'ai pris sous mes ordres ce navire que vous connaissez bien, j'étais un jeune Capitaine ambitieux et écervelé. Mon seul soucis à l'époque, était de me faire un nom. Parcourir le monde, devenir célebre et riche étaient mes seuls objectifs. Ma soif de richesse et de pouvoir n'avait d'égal que mon désir de montrer au monde de quoi j'étais capable. Rien, ni personne pouvaient me détourner de mes objectifs. Pour y parvenir, je n'hésitais devant rien. Un soir de tempête, où nous contournions le cap africain, mon équipage me signala que nous risquions d'échouer si nous ne faisions pas demi tour. Nous venions de Soumatra où nous avions chargé des marchandises, faisant route vers la Hollande. La prudence aurait du l'emporter, et j'aurais du changer de cap. Au lieu d'écouter le bon sens et me diriger vers les Indes, j'ai insisté pour continuer. Mon capitaine en second se mit en colère et nous nous disputâmes. La dispute dégénera et le second tomba sans connaissance au milieu de la salle commune. Le médecin du bord constata son décès entouré de l'équipage. Personne ne s'opposa désormais à mes décisions. Nous poursuivîmes donc notre route. Mais le jour suivant, lorsque la tempête retomba, force me fut de constater que nous étions perdus. C'était en l'an de grâce 1775.
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La Ville engloutie 24 (Le petit Chaperon II)

La fin tragique de la Sirène des mers ne laissa personne indifférent parmi les enfants-vers du mûrier. C'est que malgré sa méchanceté notoire, les enfants s'étaient attachés à la créature marine. Ils l'aimaient bien ! A l'annonce de sa mort cruelle, un léger murmure s'éleva dans l'assistance et se transforma rapidement en protestation. On aurait dit qu'une brise se levait, secouant le feuillage de l'arbre où le vieux Bombyx avait élu domicile. Des voix indignées, déçues, d'autres incrédules, interrogatives, venant de toutes parts, stoppèrent le conteur dans sa narration.
"Voyons, grand'père ! Elle ne peut pas être morte ! Comment est-ce possible ?"
Le grand' père Bombyx hésita un moment avant de répondre. " Je ne comprends pas où est le problème. Évidemment qu'elle est morte ! Comment voulez-vous qu'elle survive avec sa tête arrachée ?"
- Qu'est-ce qui l'a tuée ? C'était quoi cette chose dans la caverne ?
- Je sais ! Intervint un minuscule vers assis un peu à l'écart des autres. C'est un Kraken !
- Un Kraken ! ? Pas du tout ! répondit dédaigneux le Bombyx. Où êtes-vous allés pêcher une idée aussi saugrenue ?
- On a vu un Kraken dans un film récemment...
- Sottises ! Vous regardez un peu trop la télévision si vous voulez mon avis !
- Mais tu as bien dit qu'il s'agissait de tentacules !
- Vous n'êtes pas attentifs, les enfants ! J'ai dit : une substance glaciale et visqueuse s'enroula autour de son bras ! Je n'ai jamais parlé de Kraken !
- Il se pourrait bien que ce soit un Kraken !
- Moi, je ne veux pas que la Sirène meurt, ajouta un autre enfant-vers. Je trouve qu'elle ne devrait pas être morte. Il faut la faire revenir.
- Et comment je te prie ? Elle a la tête arrachée, je te rappelle.
- Il est possible que sa tête ne soit pas coupée. Elle est vivante dans le ventre de la substance. Il suffirait que le Hollandais volant vienne à son secours.
Les enfants-vers du mûrier approuvèrent. Mais le Bombyx ne l'entendait pas de cette oreille.
- Balivernes ! La Sirène des mers est bien morte et je n'ai pas l'intension de changer l'histoire pour vous faire plaisir ! Les événements se sont déroulés comme je vous l'ai raconté, un point c'est tout ! Si vous voulez connaître la suite de l'histoire, vous devez arrêter de m'interrompre à tout bout de champ. Voulez-vous que je continue ou vous avez décidé d'écrire votre propre histoire ?
Contrits, les enfants-vers du mûrier se turent petit à petit et le silence régna dans le feuillage.
- Parfait ! soupira le Bombyx, un sourire de satisfaction au coin des lèvres. Poursuivons.
La disparition de la Sirène ne fut pas sans conséquences pour nos personnages. Au moment où le cri de la créature marin s'étouffa dans les entrailles de l'abomination de la caverne du bout du monde, le Pêcheur s'éveilla dans un sursaut et se redressa dans sa couche. Une douleur atroce lui transperçait la poitrine. Le Cracheur de feu qui dormait dans sa couchette non loin de là près de lui, se réveilla à son tour.
- Que se passe-t-il, Pêcheur ? Que t'arrive-t-il ?
Le Pêcheur, une grimace de douleur sur son visage, avait porté ses deux mains à sa poitrine au niveau du cœur, incapable d'articuler le moindre mot.
- Pêcheur, parle-moi ! Pêcheur !
Aucune réponse.
- AU SECOURS ! A l'aide !
Quelques instants plus tard, les habitants du vaisseau fantôme se précipitèrent dans la cabine du Pêcheur, mais ils ne purent qu'assister impuissants à la souffrance de leur compagnon. Pendant que le Capitaine tentait de réanimer le Pêcheur, ils restaient tous pétrifiés sur place à contempler la scène incroyable, impuissants. Océane pleurait silencieusement, ses larmes roulant sur ses joues pâles. Phyllis avait joint les mains dans une prière ardente. Iris, la maman du petit Chaperon rouge serrait Platon dans ses bras à l'étouffer. Quelques membres de l'équipage apportaient ce que le Capitaine demandait. Une ambulance traversa la ville à toute allure vers l'hôpital le plus proche.
Pendant que le Cracheur de feu et le Hollandais volant accompagnaient le corps inanimé du Pêcheur, Iris se chargea de consoler Océane, Phyllis et Platon qui étaient complètement désemparés. Personne n'osait poser la question qui les taraudait.
Cependant, au petit matin, les nouvelles confirmèrent les pires craintes de tout le monde. Le coeur amoureux du Pêcheur, lié à la Sirène des mers par les maléfices de cette dernière ne résista pas. Son âme, libéré de son enveloppe terrestre rejoignit l'âme de sa bien aimée par delà les mers, dans la caverne du bout du monde. Ils s'enlacèrent et ensemble, devinrent vagues.
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Je suis contre !
Ce matin, comme tous les jours fériés, samedis et dimanches compris, je me suis assise à mon bureau pour goûter au bonheur suprême de corriger quelques paquets de copies ; car, il est universellement connu, les profs n'ont rien à faire de leur temps libre ; et pour éviter de s'ennuyer, ils surchargent de travail les élèves ! Je dirais même qu'ils agissent par cruauté pure et gratuite.
Je m'installe donc. Heureuse d'avoir une si merveilleuse distraction en ce long week-end de mai.
Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas eu à insister pour récupérer les dites copies. Malgré leur surmenage, la surcharge de travail et l'épuisement des ces chères têtes blondes, les élèves ont tous rendu quelque chose !
Le sujet : fiche de lecture
La première fiche, ça allait. La deuxième aussi. Mais voilà qu'à la troisième, un doute affreux germe dans mon esprit : et si certains élèves n'avaient pas lu le livre ?
"Bah ! Impossible ! Ils n'auraient pas fait une chose aussi basse ! " me dis-je à moi-même. " Tu n'oserais pas accuser ses pauvres petits anges de s'être servi d'internet ? honte à toi ! Mauvais prof ! "
Ainsi me gourmandais-je de mes pensées peu catholiques voire peu orthodoxes. Tranquillisée, je poursuis mes corrections jusqu'à la quatrième copie. et la pensée malhonnête qui avait germé, prit soudain racine, se développa, fit des feuilles et s'épanouit en floraison précoce.
J'ai du admettre l'évidence :
- Si les élèves ne lisent plus de livres, ils savant chercher leur résumé sur internet !
- S'ils ne savant plus trop bien écrire, ils maîtrisent parfaitement le clic droit de la souris pour copier/coller !
- Si la jeunesse ne sais pas user de ses neurones, elle sait utiliser une imprimante !
Quant à moi, qui selon les instructions officielles je dois placer l'élève au coeur du système éducatif :
- Je n'ai pas le droit de pénaliser un élève en lui mettant zéro. ( Ça risque de le traumatiser à vie et lui ôter la confiance en soi)
- Je n'ai pas le droit de demander qu'il me refasse le travail (il ne comprendra pas pourquoi et vivra cela comme une injustice )
- Je dois valoriser son autonomie (objectif de base de l'éducation)
- Je dois approuver ses prises d'initiatives (C'est ainsi qui deviendra un citoyen à part entière)
- Je dois féliciter son ingéniosité, digne d'Ulysse ( les petites conquêtes d'aujourd'hui, forment les empires de demain )
Finalement, d'ennui, je risque de trouver le temps long ce week-end !